LE PAYS DE LA PEUR, Isaac Rosa (2014)

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Si je compte correctement, il s’agit ici du troisième roman paru en France de l’auteur espagnol, qui parvient, guidé par une maestria hors-norme, à nous insuffler un récit terriblement anxiogène et d’une grande singularité.

Carlos, Sara et leur fils Pablo vivent paisiblement, bercés par le ronron d’un quotidien agréable et linéaire, jusqu’au jour où, ils découvrent que le jeune Pablo est régulièrement racketté et molesté par l’un de ses petits camarades, gamin violent, frondeur et insaisissable… Carlos, déstabilisé par cette affaire aussi soudaine qu’inattendue, entame dès lors une descente aux enfers psychologique abstruse,  qui prend rapidement la forme d’un face-à-face entre ses névroses et lui-même, ruminant ses angoisses et ses peurs jusque-là très bien dissimulées (voire presque inexistantes). Un personnage d’une couardise inouïe qui passera désormais sa vie à se faire malmener par l’agresseur de son fils (enfant pas plus haut que trois pommes), incapable de le recadrer et de se faire respecter, et qui, mu par une terreur incompréhensible, et de manière presque compulsive et obsessionnelle, en arrivera même à dresser  mentalement la liste de toutes les agressions possibles et imaginables dont un homme peut être victime dans une société, et les moyens de les contourner.

Paralysé par le conflit qui oppose son fils à son camarade d’école et obsédé par ses propres terreurs, Carlos ne parviendra jamais à protéger et réconforter son enfant; trop englué dans les arcanes de ses réflexions, d’un côté bien pensantes afin de se rassurer lui-même, de l’autre en forme de craintes viscérales qui l’empêchent d’agir, ce personnage déconcertant (et fascinant) se retrouve pris au piège d’une situation semble-t-il inextricable, qui mènera malheureusement et inévitablement jusqu’à un irréversible drame…

Littéralement subjugués mais aussi profondément troublés par cet homme d’une pleutrerie incommensurable, nous nous laissons happer par ce récit terriblement intelligent et adroit, radiographie pointue et brillante du « tout sécuritaire », de la violence et de la peur. Isaac Rosa captive, effraie, et envoûte  avec cette oeuvre dénuée de dialogue, froide et incisive, comme une plongée en apnée au cœur de l’âme humaine, nous offrant en prime, une fin absolument magistrale !

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