DE TOUTES LES NUITS, LES AMANTS, Mieko Kawakami (2014)

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Il est des livres comme celui-ci qui laissent un goût amer, une petite pointe de colère, et le sentiment de n’avoir pas emprunté le bon chemin littéraire… Attirée comme un aimant par ce récit qui met en scène la vie d’une correctrice, ma déception fut à la hauteur de mon excitation et de mon enthousiasme à la lecture de la quatrième de couverture.

Fuyuko, trente-quatre ans, correctrice free lance pour l’édition, vit seule, recluse, sans objectif de vie ni passions, sa seule préoccupation au milieu de cette existence monacale étant son travail, qui lui donne tout loisir d’exprimer son tempérament obsessionnel en traquant la faute, en redonnant vie aux mots et en les parant de nouveaux atours. Timide à l’extrême,  introverti et asocial, ce personnage effacé ne fréquente quasiment personne, et ne finira par laisser entrer dans sa vie que deux individus : Hijiri, son employeur et femme au tempérament de feu, et M. Mitsutsuka, soi-disant professeur de physique, rencontré par hasard dans un centre culturel,  et dont elle s’éprendra au fil du temps…  Bon an mal an, Fuyuko se libérera de ses chaînes et s’ouvrira (un peu) au monde, sans pour autant s’en imprégner totalement, restant toujours en surface d’une société qui dans le fond l’indiffère…

Un roman dans l’ensemble bien écrit (mais qui laisse apparaître au détour de certaines pages des tournures de phrases maladroites et quelques coquilles -problème de traduction, ou justement de correction ?), mais souvent ennuyeux, voire horripilant (à mon grand désespoir) et parfois même, me semble-t-il, quelque peu invraisemblable. L’auteure inflige à Fuyuko une manière de s’exprimer extrêmement empotée (moins on communique plus il devient ardu de converser certes, mais rappelons que cette jeune femme joue avec les mots à longueur de journée), et lui attribue de plus, un désintérêt total et entier pour toute forme de littérature, ce qui n’est évidemment pas impossible- nous pouvons estimer les mots sans aimer les lire- mais paraît tout de même quelque peu étrange de la part d’une correctrice. Correctrice  qui plus est, a débarqué  dans ce métier singulier par hasard, sans entrain particulier, ce qui là encore laisse un brin perplexe, ce type d’emploi relevant tout de même plus de la « vocation » que du travail alimentaire.

Bref, Mieko Kawakami malmène ouvertement et sans égard son personnage principal, le révélant en femme terriblement agaçante, éteinte et abjecte, qui se laisse sans arrêt portée, guidée  et bousculée par les autres, et pour laquelle je n’ai malheureusement eu aucune empathie… Certes il s’agit ici d’une personnalité renfermée et en décalage avec ce qui l’entoure, situation parfaitement décrite par l’auteure il faut le reconnaître, mais,  peut-être aurais-je été trop « premier degré », ne saisissant ni la poésie qui s’échappait de ce livre, ni son véritable intérêt, m’abandonnant seulement au fil de ma lecture à un profond sentiment de malaise et de monotonie. A vous de juger…

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