MAESTRO, Léa Fazer (2014)

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Le charismatique Michael Lonsdale conjugué au pétillant Pio Marmaï présageait un bien beau, tendre et atypique moment de cinéma. Force est de constater qu’une certaine facette de l’œuvre apparaît comme fort plaisante et charmante, seulement voilà, l’ensemble du film ne tient  pas vraiment toutes ses promesses…

Inspiré d’une histoire vraie (je ne révèle rien, vous aurez l’explication au générique de fin), « Maestro » nous livre la rencontre quelque peu surréaliste entre Henri, acteur vibrionnant et sans le sou, et Cédric Rovère, réalisateur respecté et référence ultime du cinéma d’auteur. Sur une espèce de malentendu, Henri,  plus enclin à jouer dans des blockbusters ratatinés du bulbe que dans des films dits intellectuels, sera engagé sur le tournage de « L’Astrée » (roman pastoral d’Honoré d’Urfé qui met en scène la vie de bergers et bergères), et contre toute attente, trouvera en la personne de Rovère un allié lunaire, décalé et d’une profonde humilité, toujours prêt à déployer ses ailes protectrices et paternelles…

Je n’aurais pas l’impression de lever le voile du mystère si je vous disais que, bien évidemment c’est le choc des cultures, l’affrontement de deux univers, où  tout est cousu de fil blanc et cadenassé par un certain nombre de clichés (qui ne le sont pas tant que cela),  comme une plongée cinématographique en forme d’hyperbole qui pourrait irriter, mais  s’avère peu dérangeante car portée par des acteurs brillants, justes et attachants. Jusqu’ici tout va bien…

Là où le spectateur (peu disposé à accepter qu’on le prenne pour un demeuré) commence à gratouiller nerveusement le tissu rêche de son fauteuil de salle obscure, c’est lorsque s’incruste dans ce long-métrage au départ intelligent et vivifiant, une histoire d’amour somme toute particulièrement niaiseuse, fade et oiseuse. Un spectateur qui se serait allègrement passé de la réunion, sur le tournage, de la petite actrice coincée, cérébrale et au look néo-bourgeois, et de ce pauvre Henri, un brin gaffeur, pataud mais tellement sympathique. Les acteurs eux-mêmes semblent mal à l’aise face à ce scénario peu crédible mais surtout largement superfétatoire, qui  empiète plus que de raison sur le véritable intérêt du film : la relation tendre et inattendue entre le réalisateur et le jeune comédien. Dans ces scènes « romantico-nunuches », Pio Marmaï perd de sa prestance,  de son rayonnement, et semble embarrassé, tandis que Déborah François si juste, sémillante et belle dans « Populaire » apparaît ici aussi transparente qu’un fantôme dépressif catapulté dans une maison non hantée. Quelle est cette fâcheuse manie du cinéma français de vouloir sans arrêt tirer une balle dans le pied de productions au fort potentiel? Pourquoi nous infliger une histoire dans l’histoire qui n’amène strictement rien au propos et lui fait même copieusement de l’ombre? Comme si l’on avait peur que, sans étaler une épaisse couche dégoulinante de bons sentiments, le film puisse moins bien marcher. Merci de prendre le public pour une bande d’imbéciles décérébrés, perdus et esseulés sans leur petite histoire d’amour improbable et abrutissante,  c’est toujours plaisant…

En résumé, un long-métrage loin d’être désagréable mais saccagé (et le mot n’est pas trop fort) par cette espèce de bluette sans consistance qui arrive comme un cheveu sur l’objectif. Restent des scènes drôles et pertinentes, des seconds rôles irrésistibles (Alice Belaïdi et Nicolas Bridet), et la présence du talentueux et lumineux Michael Lonsdale sublimé par un Pio Marmaï  égal à lui-même, enjoué, attendrissant et simplement bon. A vous de voir…

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