HUIT ET DEMI, Federico Fellini (1963)

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Soyons honnêtes, l’été est rarement synonyme de sorties cinéma enthousiasmantes et excitantes. Entre films d’action gonflés à la testostérone, ornementés de dialogues pointus et poétiques, et comédies hexagonales franchouillardes aussi grasses qu’une crème solaire indice 50, nous ne pouvons pas dire que nous soyons particulièrement gâtés (un peu caricatural tout cela, mais pas si éloigné de la vérité). Alors, lorsqu’apparaît au loin, dans ce gigantesque  océan de vase, un phare, planté dans le brouillard, perdu au milieu de nulle part, renvoyant une lumière douce et salvatrice, l’espoir renaît, le cœur se gonfle de béatitude, et je crois que nous sommes sauvés moussaillons ! Un prophète approche, et ce prophète, ouvrant les eaux d’un cinéma dense et fascinant, se nomme Federico Fellini…

Un homme coincé dans sa voiture, au cœur d’un monstrueux embouteillage, étouffe et angoisse. Un homme agité qui se débat violemment dans ce véhicule d’où s’élève petit à petit une fumée suffocante. Les automobilistes alentours, l’œil torve et le sourire sardonique l’observent gigoter dans sa prison de tôle sans montrer le moindre signe de compassion,  jusqu’à ce que cet individu tout de noir vêtu parvienne enfin à s’échapper, s’envolant dans les airs. Le voici tout à coup virevoltant au-dessus de la mer, le pied attaché à une corde et manipulé par un homme qui, sur la terre ferme, joue avec lui comme avec un cerf-volant, quand, soudain, la chute, vers une immensité bleue avide et gloutonne…

Guido Anselmi (formidable Marcello Mastroianni), réalisateur mélancolique et déprimé, se réveille d’un bond, réalisant avec soulagement que cet épilogue angoissant n’était qu’un affreux  cauchemar. Guido Anselmi, cinéaste fatigué et usé qui depuis quelque temps traîne son âme dans une maison de repos, et ne vit plus qu’à travers ses songes, ses fantasmes, et autres rêveries qui le ramènent sans cesse dans les entrailles de son enfance, comme aspiré par son passé et ses souvenirs. Quand la réalité ne lui concède qu’une actrice tenace et collante, un producteur nerveux et braillard, une maîtresse aussi vulgaire qu’un brin idiote, une épouse vindicative et jalouse, et  une cohorte de personnages tous plus intrusifs et barbants les uns que les autres, notre Guido lui, préfère en référer à une période révolue ; scènes oniriques où le réalisateur caresse le doux retour de ses parents décédés, imagine une entente cordiale entre sa femme et son amante, ou encore revit la danse endiablée qu’exécutait pour lui et ses camarades d’école la voluptueuse et damnée Saraghina, « il diavolo » conspué par une Italie pieuse et bégueule. Cette même Saraghina qui réapparaîtra dans LA scène culte de ce film remarquable, celle où, en halluciné machiste, Anselmi rêvera d’un harem, SON harem. Toutes les femmes gravitant autour de lui  réunies pour le vénérer et l’aduler ; décor terrible, cynique et drolatique pointant du doigt  la suprématie de l’homme perdu mais illustre exerçant une véritable attraction sur chacune d’entre elles, les unes et les autres cherchant à s’attirer les faveurs d’un seigneur tout puissant et d’une profonde beauté.

Guido, tiraillé entre un univers imaginaire mirifique et une réalité  pesante, devra malgré tout faire face et organiser tant bien que mal la venue au monde de sa prochaine réalisation, harcelé par un entourage toujours plus pressant. Mais sa vie, sa lucidité, son discernement échappent à ce personnage fuyant et désarmé, tempérament au bord de l’abîme qui permettra à Fellini de nous offrir une scène de fin absolument magistrale en forme de farandole aux accents de cirque (si cher au maestro italien), où tous les personnages se rassemblent dans une grande communion, comme une troupe de saltimbanques menée par leur cher Anselmi…

Sublime réflexion sur la création, et la difficulté d’évoluer à la frontière entre le réel et la fiction,  Fellini évoque ici ses propres doutes et angoisses, invoque ses propres souvenirs et déchirures, s’offrant en pâture, à travers Marcello Mastroianni (alter ego majestueux et inégalable), à un spectateur hypnotisé par autant de talent et de grâce. Grazie signor Fellini

Et aussi :     La strada, Federico Fellini

                    I Vitelloni, Federico Fellini

                    La Dolce Vita, Federico Fellini

                    Juliette des esprits, Federico Fellini

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