PROVINCE, Evgueni Zamiatine (1913)

9791091896177

C’est avec une petite pointe de tristesse que je vous fais part ici de ma (moyenne) déception. Evgueni Zamiatine, écrivain  russe aux multiples activités et qui se régala d’ un certain nombre de genres littéraires, nous livre avec ce troisième roman rédigé en 1910, une œuvre inégale qui enflamme dès les premières pages, mais atteint vite certaines limites, se fourvoyant quelque peu, et  abandonnant le lecteur dans un état  de profonde perplexité…

Anfim Baryba, jeune homme âgé de quinze ans, n’a pas de défaut, il est un défaut à lui tout seul ; cancre, vil, manipulateur, idiot, fainéant, brutal, et doté d’un physique animal et grossier,  l’adolescent  traîne ses fonds de culottes sur les bancs de l’école, enracinant autour du poil qui lui pousse dans la main de monumentales lacunes et  un retard certain.  Son père, exaspéré et désespéré est direct, concis et déterminé : si Anfim, à l’examen de sortie, est « encore recalé» il le « fiche à la porte ». Chose promise étant due, Baryba, le jour de ses dix-huit ans, est donc renvoyé sans égard et avec beaucoup de soulagement par son géniteur. Débute alors une vie d’errance faite de chapardages et de petits larcins ; vagabondages qui le mèneront droit dans la gueule du loup, canidé peu attractif et affriolant  qui se matérialise sous les traits  d’une riche veuve lubrique et dévergondée nommée la Tchebotarikha.  Attirée comme un aimant par le caractère singulier et bestial de notre bécasson bas du front et arriviste, elle en fera rapidement son objet de désir, l’entraînant dans de folles nuits d’amour dont notre grand benêt se serait largement passé, mais qu’il supporte allègrement, étant, moyennant  prouesses et aptitudes charnelles, traité comme un roi. Seulement voilà, gredin un jour, gredin toujours, et tandis que la Tchebotarikha cavale après son Anfimouchka tant convoité, lui préfère abuser discrètement de Polka, la (très) jeune fille de cuisine qu’il prend, de plus, un malin plaisir à maltraiter et tourmenter.  Attitude irrévérencieuse et intolérable qui fera sortir de ses gonds notre vieille veuve, et jettera de nouveau Baryba sur les routes, démuni et sans le sou…

Le jeune homme une fois de plus livré à lui-même, croisera bon nombre de personnages peu fréquentables, dont un avocat véreux, des hommes d’Eglise joueurs, alcooliques, et dont la piété est littéralement écrasée par  leur caractère vicieux, et  un tailleur  sympathique mais naïf qui fera, bien malgré lui et à ses dépens, la gloire du peu scrupuleux Anfim Baryba…

Nous voici donc parvenus à cette seconde partie de l’histoire qui, selon moi, pose problème. Soudainement, une abondance de personnages prend en otage le récit, reléguant au second plan notre grand nigaud, comme si celui-ci était tout à coup devenu trop imposant, encombrant et gênant, prisonnier d’un auteur ne sachant plus qu’en faire ni comment  maintenir son statut de personnage principal, pauvre éléphant pataud qu’on ne parviendrait à caser dans un magasin de porcelaine. C’est embrouillé, un brin confus,  quelque peu bâclé, et, même si nous comprenons parfaitement les intentions de l’écrivain et la morale sous-jacente, le caractère ennuyeux et peu attrayant  de cette branche du texte réduit de manière assez considérable l’enthousiasme de départ.  Le ton s’empâte, le récit s’alourdit et s’affadit, accouchant d’une transition loupée, dépréciant tout un tronçon de l’histoire, qui se révèle par conséquent  relativement gâchée.  

Pas désagréable à lire mais décevant…

 

 

 

 

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