THE DOUBLE, Richard Ayoade (2014)

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Le réalisateur britannique, auteur notamment du débilo-abrutissant et non moins lamentable «Voisins du troisième type» ainsi que du sympathique mais pas inoubliable «Submarine» aurait-il enfin trouvé la voix de la sagesse cinématographique? S’attaquer à un roman de Dostoïevski ça n’est pas rien, et, si les critiques ne sont pas unanimes quant au bien-fondé de ce long-métrage, personnellement je vous le recommande vivement,  malgré les quelques maladresses et autres petits défauts d’un film qui n’en reste pas moins réussi, et présage (peut-être) un tournant dans la carrière d’Ayoade…

Simon James (Jesse Eisenberg) est un jeune homme introverti, timide à l’extrême, et surtout considéré par les autres comme une «non-personne». D’apparence spectrale, c’est à peine si l’on se souvient de son existence, ce qui ne lui laisse d’autre choix  chaque jour qui passe, que de rappeler à l’agent de sécurité et  autres collègues de travail qu’il officie dans l’ entreprise qui l’emploie depuis sept ans déjà, chacun faisant mine de ne l’avoir jamais vu, ou d’avoir affaire à un  nouveau venu.  Son supérieur l’appelle Stanley, ne prête aucune attention à ses rapports brillants et ne manque jamais de lui signifier de manière enjouée et humiliante que sa présence sur terre tient de l’obsolescence. Pauvre hère que personne n’écoute ni ne voit; les ascenseurs et autres portes automatiques de métro eux-mêmes  ne semblent pas prendre en compte cet être socialement handicapé, s’ouvrant et se refermant frénétiquement sur la vie cadenassée d’un personnage décidément condamné à vivre en sourdine. Et comme toute personne timorée qui se respecte, Simon, amoureux fou de sa collègue Hannah (Mia Wasikowska), tente maladroitement de séduire cette dernière, multipliant les bafouillages attendrissants, les approches empotées et les tentatives de contact calamiteuses. Forcé d’entretenir avec elle des rapports cordiaux mais lointains, son seul et unique plaisir repose (piteusement) sur une activité quelque peu répréhensible: espionner sa belle chez elle le soir, guettant le moindre de ses faits et gestes, béat d’admiration…

La vie s’écoule donc paresseusement pour notre craintif garçon, entre journées de travail improductives et visites à sa vieille mère sénile, jusqu’au jour où sa vie bascule,  chamboulée par l’arrivée  d’un nouvel employé nommé James Simon,  qui n’est autre que le parfait sosie de Simon James mais surtout son exact opposé, moralement et psychologiquement parlant. Simon, abasourdi et sonné par cette rencontre déstabilisante doit de plus se confronter à l’étrange réaction de ses collègues, qui eux ne semblent pas s’apercevoir de la ressemblance saisissante entre les deux hommes. Un double diabolique arrogant et sûr de lui qui manipule sans vergogne, séduit sans complexe, ment sans rougir, et reprend sans scrupule les qualités et aptitudes de Simon à son compte.  Ce dernier, séduit  par le caractère fougueux et l’aplomb admirable de son « jumeau » malveillant, déchantera vite et  devra puiser au plus profond de lui-même pour déployer des trésors de courage afin de se défaire de cet autre « Lui », particulièrement embarrassant et vil…

Sublime réflexion sur l’affirmation et le dépassement de soi, l’introspection, la place du Bien et du Mal, cette fable surréaliste oscille entre farce comique, drame social et science-fiction. Les décors sont prodigieusement austères, les personnages froids et robotiques, et la réalisation léchée, harmonieuse, portée par un clair-obscur post-apocalyptique des plus mélancolique. Deux bémols cependant : la prestation de Mia Wasikowska, d’ordinaire brillantissime et rompue aux rôles étranges, qui, si elle remplit malgré tout son rôle de manière appliquée ne semble pas très investie, et certains flottements  tout au long du film, comme si Richard Ayoade avait été sujet à des absences. La perfection n’ayant pas de place en ce bas monde, nous pardonnons allègrement ces légers faux pas pour nous concentrer sur la portée philosophique de ce film audacieux et intelligent…

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