ENEMY, Denis Villeneuve (2014)

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«Tournage» de pouces, moue dubitative, regard bovin perdu au plafond, yeux papillonnants. Un Soupir. Puis, un second soupir… Changement de position, coude sur la table, joue écrasée, que dis-je labourée par le poing serré, et toujours cette grimace sceptique, ridicule et enlaidissante collée aux lèvres. La question étant : que dire de ce film ? Si je le savais moi-même je ne serais pas là à me broyer les méninges, afin de pondre une chronique ne serait-ce que passable, voire, avec un peu d’indulgence, acceptable. Organisons nos pensées et commençons par le commencement : Incendies, du même réalisateur (et basé sur le très beau texte de Wajdi Mouawad) m’a éblouie. Prisoners, toujours signé Villeneuve m’a littéralement subjuguée. Enemy lui, me laisse sans voix.  Alors, que faire lorsque les bras nous en tombe au point d’en avoir la bouche scellée? Et bien on se tait, me direz-vous. Oui mais, vous rétorquerais-je, selon la formule consacrée : «c’est pas parce qu’on n’a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule». Par conséquent…

… Adam Bell (Jake Gyllenhaal), professeur d’histoire à l’université traverse tant bien que mal une existence morne et peu excitante, déroulant  sa vie selon les mêmes critères et habitudes, chaque jour qui passe. Il donne ses cours, rentre chez lui, et passe une nuit d’amour avec sa fiancée Mary (Mélanie Laurent).  Rituel immuable, routinier, pour un homme tout aussi coutumier et peu sociable qui  semble toujours au bord de l’abîme, prêt à se laisser happer par une réalité vide et  sans relief. Or, un jour, au détour d’une conversation avec un ennuyeux collègue, il loue un film («Quand on veut, on peut»), s’astreignant à une activité toute nouvelle pour lui et dont il n’a pas l’habitude, le cinéma. Le film commence, le film s’achève, Adam ne semble pas convaincu, va se coucher. La nuit s’écoule, passade nocturne agitée, quand, au petit matin, secoué par un rêve étrange et marqué inconsciemment par une image bien précise du long métrage, il se sent contraint, fébrile, de le visionner une seconde fois. Son esprit ne divague définitivement pas et ne lui joue aucun tour, il y a bel et bien un acteur (plus figurant que comédien par ailleurs), au second plan, qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau, sosie parfait affublé d’un uniforme de groom. Le cœur bat, le pouls s’accélère, l’adrénaline monte et l’obsession s’empare d’Adam : il lui faut retrouver ce double accompli et impeccable…

 Chose dite, chose faite, notre réservé professeur se retrouvant bientôt confronté à Anthony (toujours Jake Gyllenhaal), acteur de troisième catégorie étrange et fantasque, marié à la magnifique et fragile Helen (Sarah Gadon), qui attend un enfant. Les vies de nos  jumeaux-jusque-dans-les-moindres-détails désormais se croiseront, s’entrelaceront, se cabosseront, entre dégoût et fascination, comme condamnés à tourner en rond, oiseaux de malheur folâtrant dans une cage nauséabonde. Ta vie est la mienne et ma vie est la tienne, pour le meilleur et pour le pire…

Vous dirais-je que j’ai été émerveillée et profondément séduite? Non. Hurlerais-je folle de rage que j’ai exécré? Non plus. Et me voilà pataugeant, ramant, m’enlisant, infoutue d’avoir un avis sur cette production troublante, ou une explication plausible concernant le déroulement (conceptuel) de l’histoire. Ou plutôt si, et c’est là que réside le fond du problème : moult sentiments et suppositions s’emparent de moi sans qu’aucun ne me satisfasse vraiment. Un huit clos glacial oppressant, dédaléen et schizophrénique, serpentant au cœur d’une ville étouffante (enlaidie par un filtre jaune des plus sinistre), et porté par un Jake Gyllenhaal impeccable, ainsi que deux actrices aussi blondes que les blés et froides qu’une brochette de macchabées, qui  éblouissent par leur présence taiseuse et inquiétante. Le film tient en haleine, dérange, agace, captive mais surtout… laisse pantois. Malgré une qualité certaine quant à la réalisation, cette œuvre ne me semble ni bonne, ni moyenne, ni mauvaise, juste indescriptible, indéchiffrable, et en forme de cellule capitonnée qui rendrait fou le plus sain des hommes. C’est peut-être le but me direz-vous, mais cela ne me convainc  pas. Profondément dérangée par cette opacité qui tisse sa toile jusqu’à nous étouffer je vais donc m’atteler à décrypter le livre de José Saramago (prix Nobel de littérature) dont est tiré le film de Denis Villeneuve. «L’autre comme moi» m’aidera peut-être à me positionner. Probablement m’astreins-je  à vouloir comprendre l’incompréhensible, cette lecture je l’espère, tranchera…

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2 réflexions sur “

    • Oui je suis d’accord… J’avais lu « La lucidité » que j’avais beaucoup aimé, mais c’était effectivement assez spécial. Cependant je reste convaincue que le livre m’éclairera un peu sur le film! Enfin j’espère, parce que sinon je vais finir dingue… 🙂

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