UN BONHEUR PARFAIT, James Salter (1975)

bonheur

Nous parlons beaucoup, en cette rentrée 2014, de l’auteur américain James Salter, qui revient dans la lumière avec son nouveau livre Et rien d’autre ; grand bonhomme de presque 90 ans qui ne publia que peu de romans tout au long de sa vie, bercé également par l’écriture de scénarios, nouvelles, poésie, et qui déchaîna bien malgré lui les passions les plus hostiles…

Petit retour en arrière et focalisation sur Un bonheur parfait son quatrième roman paru en 1975 aux Etats-Unis et pour lequel l’accueil fut particulièrement glacial ; écrit «controversé», qualifié d’emphatique, et depuis considéré comme un «classique» de la littérature américaine à qui l’on a rendu ses lettres de noblesse. Je dois malheureusement vous confesser, et ce à mon grand regret,  que je me retrouve quelque peu dans la critique «assassine» de l’époque, qui empêcha ce texte-chrysalide de se transformer en beau récit-papillon…

L’action débute dans les années soixante et s’étale sur plus d’une vingtaine d’années, déroulant la vie de Viri et Nedra. Un couple, ni particulièrement comblé, ni ouvertement cafardeux, comme tant d’autres ménages qui subsistent bon an mal an, secourus et maintenus la tête hors de l’eau par une habitude et une routine pour un temps (seulement) salvatrices. Une existence douce  mais peu excitante, des amis nombreux, lénifiantes éponges absorbant l’angoisse d’une vie en tête-à-tête, deux jolies petites filles qu’il est de bon augure de choyer afin d’oublier un quotidien pesant, et par-dessus tout des amant(e)s;  personnages opaques et secondaires qui eux aussi jettent un voile entre Viri et Nedra pour mieux éviter la cassure, oublier les rituels du tandem et perdre la trace d’un désenchantement de plus en plus fragilisant. Si Viri s’accommode aisément de cette réalité à peu près confortable mais rarement stimulante, Nedra elle s’ennuie, rêvant de lointain et d’ailleurs, fantasmant une vie d’amazone-aventurière qui parcourrait le monde, sans attache ni contrainte, et surtout, sans cet homme à ses côtés. Un mari et un père qu’elle affectionne et respecte mais qui ne l’a fait plus et ne l’a par ailleurs jamais vraiment fait chavirer…

Voilà le résumé de ce livre de presque 400 pages qui aurait dû se lire plus ou moins rapidement et facilement et qui m’a  pourtant paru interminable et stagnant, déversant une action qui s’étire à mon goût plus que de raison, sans que l’on puisse y déceler un quelconque intérêt pour l’intrigue. Non que cela soit totalement indigeste ou radicalement ennuyeux, mais l’écriture, toute belle et incisive qu’elle puisse paraître m’a semblée particulièrement ampoulée et vaniteuse. Des phrases courtes mais étonnamment lourdes, des personnages qui perdent un temps certain à s’écouter parler, geindre et souffrir, acteurs passifs se délectant de paraboles répétitives, peu convaincantes et lassantes.  Malgré un sujet maîtrisé par l’auteur, et une réflexion intéressante et piquante sur les aléas du mariage et la vie à deux- la question fatidique faisant soudainement surface : peut-on tout avoir? Un mari attrayant et stimulant conjugué à une vie de famille euphorisante et remplie de surprises? La réponse étant (vous en conviendrez) sensiblement NON- la magie n’a pas opérée, me laissant la sensation d’un livre ni foncièrement désagréable, ni hautement passionnant, le problème finalement n’étant pas tant le fond que la forme. Je vous laisse juges…

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3 réflexions sur “

  1. Espérons que les années passées ont été bénéfiques car j’ai très envie de lire Et rien d’autre. Ne serait-ce que pour vêrifier si la Presse a raison et si ce livre est vraiment le roman étranger de l’année.

    • C’est marrant parce que j’ai envie de faire pareil, malgré ma déception sur « Un bonheur parfait », la presse m’ayant aussi bien mis l’eau à la bouche 😉 . Mais je vais me raisonner et attendre de digérer celui-ci!

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