GONE GIRL, David Fincher (2014)

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Lorsque j’entends dire que David Fincher (j’ai déjà les yeux en forme de cœur à la simple évocation de ce nom) revient avec un nouveau film, et qui plus est l’adaptation du livre Les Apparences de Gillian Flynn (« nouvelle » grande plume du thriller  américain), je me métamorphose aussitôt en petit vautour se pourléchant la plume, prêt à fondre sur sa proie et à s’en délecter jusqu’à la dernière image. Quasiment toute l’œuvre  de Fincher s’est collée sur ma rétine pour rester gravée dans ma mémoire, à une exception près : Millenium, que j’ai honteusement boudé, la version suédo-danoise m’ayant largement contentée à l’époque. Tant de palabres pour (simplement) affirmer haut et fort que je n’ai jamais été outrageusement déçue par le cinéma de David Fincher, bien que certaines productions m’aient parfois semblées plus faibles ou moins abouties que d’autres. Alors que dire de Gone girl ? Une fois n’est pas coutume, faisons court et concis : entre se délecter des mots  ou contenter sa pupille, je pense à mon regret qu’il est peut-être préférable de choisir…

L’œuvre du réalisateur américain s’ouvre sur le jour où Amy, jeune femme aussi  belle que brillante disparaît mystérieusement ; Amy, autre moitié du couple qu’elle forme avec Nick Dunne, ménage en apparence heureux, surface d’une rivière tranquille, qui reflète rapidement  un certain nombre de dysfonctionnements une fois l’absence constatée et la suspicion de l’homicide évoquée. Problèmes d’argent, de travail, de compatibilité, d’ego et tout simplement d’usure sentimentale, désarrois de la vie quotidienne qui mettent les nerfs à vif et pourraient entraîner un acte aussi barbare que désespéré. Amy s’évapore, laissant derrière elle des traces suspectes de lutte, des traînées de sang camouflées de manière fort malhabile et autant d’indices qui mènent tout droit à l’hypothèse du meurtre et surtout  au coupable idéal : Nick. D’autant plus fautif accompli que celui-ci ne paraît ni vraiment choqué, ni troublé plus que de raison par la disparition de sa femme. L’enquête s’ouvre et la caméra de Fincher fouille le passé trouble de ces deux êtres complexes, tandis qu’Amy, en voix off, évoque sa vie avec Nick, cette existence aussi douce dans les prémices que cruelle dans son épilogue, scrupuleusement  détaillée dans son journal intime : Nick se serait, au fur et à mesure de l’avancement de leur histoire, montré violent, menteur, infidèle, et sans compassion aucune pour son épouse…

Ce serait une véritable hérésie (à ce stade) d’en dévoiler plus quant à l’intrigue, mais l’on peut tout de même largement  se permettre un parallèle avec le livre. Bien que Gillian Flynn soit elle-même l’auteur du scénario (brillante idée), ni elle ni Fincher (dans sa réalisation trop sobre à mon goût) ne parviennent réellement à nous insuffler cette terrible angoisse que le livre, lui, réussit à distiller avec beaucoup de maestria ; raconté à deux voix, ce récit extrêmement anxiogène, puissant, intelligent et diaboliquement bien ficelé vous noue la gorge jusqu’à vous étrangler d’effroi, et brouille les pistes d’une manière peu conventionnelle. Jeu de miroir et de duplicité qui jusqu’au bout laisse planer l’ombre du doute et trouble son lecteur jusqu’au vertige. Que l’on ne se méprenne pas sur mon propos, le film est somme toute assez réussi, et a l’immense mérite de tenir le spectateur éveillé pendant deux heures et demie : Rosamund Pike excelle dans son rôle de martyre illuminée et vénéneuse, Ben Affleck manque  de présence mais remplit plutôt bien sa fonction de type ô-combien-lâche-mais-sympa, quant aux seconds rôles, Carie Coon et Kim Dickens, respectivement jumelle de Nick et enquêtrice chevronnée, elles éblouissent par leur présence à la fois placide et imposante… Seulement voilà, difficile de ne pas faire naturellement la comparaison avec le roman, beaucoup plus obscur, pervers et labyrinthique, qui met nos deux personnages principaux à égalité dans ce qu’ils ont de plus malsain, caractéristique qui ne saute pas forcément aux yeux dans la production de  Fincher, le long-métrage du réalisateur apparaissant de fait beaucoup plus « plan-plan » et moins torturé que le livre.

Je ne sais ce qui a poussé le cinéaste à s’approprier  l’œuvre  de Gillian Flynn, mais, sans nul doute un point commun réunit ces deux personnalités bosselées : cette facilité rétive à tourmenter leurs personnages féminins et à en révéler les sombres aspects, n’en déplaise à certaines voix critiques ou féministes peu éclairées, qui se sont élevées contre l’œuvre de Flynn, comme elles se sont élevées contre celle de Fincher, posture ridicule s’il en est de reprocher à ces deux talents de faire de la Femme un être abject, manipulateur, castrateur ou nuisible. Personnellement j’aime ce type de personnage cabossé et rugueux, car la Femme a fini depuis longtemps d’être cette petite chose fragile et minaudant, acquérant le droit d’être elle aussi batailleuse, malveillante ou tout bonnement… dangereuse et frappadingue. D’autant plus que, contrairement à ce que certain(e)s ont pu déclarer, nul n’est épargné dans le livre (beaucoup plus dans le film, il faut le reconnaître), chaque entité du couple étant malmenée et chaque  identité cruellement pointée du doigt dans ce qu’elle recèle de pire et de critiquable.

 » Il serait peut-être temps de conclure ma brave dame « , me direz-vous, donc : un bon divertissement certes, mais qui manque d’allure et de caractère et qui, s’il respecte le fond du livre n’en révèle malheureusement pas toute la forme…

Et aussi: Seven, Panic Room, Fight Club, Zodiac, The Social Network etc…

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