ROSEMARY’S BABY, Roman Polanski (1968)

THE TEXAS CHAINSAW MASSACRE, Tobe Hooper (1974)

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L’adolescence, étape de la vie complexe et confuse, s’enroule autour d’un certain nombre de ravages physiques, de questionnements existentiels n’intéressant guère que votre mère, et s’accroche fièrement à une rébellion certes bienveillante, bien que fréquemment tapageuse et inaudible. Mais l’adolescence c’est aussi cette formidable période de découvertes et de frissons, glissement jubilatoire vers d’inoubliables prémices de terreurs cinématographiques qui glacent le sang et inoculent de vibrantes doses d’adrénaline ; exploration de l’insomnie et autres suées nocturnes nous abandonnant les yeux grands ouverts, tapis au fond du lit, couverture remontée jusqu’au nez, piteusement pétrifiés par le moindre bruit ou grincement suspects. Si Massacre à la tronçonneuse a éveillé en moi une peur incontrôlée et absolue de l’Homo sapiens de type « consanguin », Rosemary’s baby lui, développa une crainte abyssale (somme toute assez saugrenue) d’accoucher un jour de l’Antéchrist… Plus de 15 ans se sont écoulés, et se délecter aujourd’hui d’une pantagruélique ripaille de chefs-d’œuvre du cinéma d’horreur sur grand écran et en version restaurée, est et restera  une expérience aussi intense, émouvante, qu’éternellement terrorisante. Le plaisir demeure intact et les angoisses d’antan aussi…

D’un côté cinq jeunes gens à bord d’un van sillonnant les routes arides du Texas. De l’autre un  couple, tout de beauté et d élégance vêtu s’installant dans un  appartement, bel et spacieux espace, théâtre d’un nouveau départ.

D’un côté la crédulité de la jeunesse rapidement mise au pilori de la démence lorsqu’à peine parvenus non loin de l’ancienne maison de famille de deux d’entre eux, notre « Club des 5 » prend à bord de son minibus un autostoppeur physiquement répugnant et terriblement effrayant dont ils réussiront à se débarrasser, moyennant une légère blessure mais surtout une sacrée frayeur. De l’autre Rosemary et Guy Woodhouse (Mia Farrow et John Cassavetes, splendides), posant paisiblement et sereinement les jalons de leur nouvelle vie  au sein de la maison  Bramford, édifice aussi majestueux que sinistre, où il se serait produit un certain nombre d’événements troublants et bien peu rassurants…

Jerry, Kirk, Pam, Sally et son frère handicapé Franklin, dans la chaleur étouffante du Sud des Etats-Unis, arrivent  aux abords de cette fameuse bicoque abandonnée, ex-lieu de villégiature de Sally et Franklin. Epuisés et encore sous le choc de l’incident avec l’autostoppeur, ils visitent, explorent, s’amusent de l’ambiance lugubre de l’endroit,  tandis que Kirk et Pam saisis d’une envie de baignade partent inspecter les alentours, s’offrant une balade candide et irréfléchie… Ils ne reviendront jamais de leur funeste escapade, pris dans les filets du monstrueux Leatherface, géant abâtardi, colosse aux mains ensanglantées adepte  du crochet de boucher, de la masse et de… la tronçonneuse ! Cela ne sera que le début d’une nuit interminable où chacun des cinq jeunes gens entendra fredonner au creux de son oreille la petite rengaine de l’abomination et de la souffrance…

Rosemary et Guy Woodhouse quant à eux font la connaissance de leurs voisins et plus particulièrement de Roman et Minnie Castevet, couple d’âge avancé aussi extravagant que baroque  qui se montre prestement (trop) attentionné et  envahissant. Des voisins plaisants mais étranges, une atmosphère de plus en plus pesante, jusqu’à cette nuit éprouvante où Rosemary, aux prises d’un sommeil agité, rêvera  de son accouplement avec… le Diable en personne. Peu de temps après, cette dernière constate  qu’elle est enceinte et entre dans une phase de trouble et de paranoïa  aiguë, soupçonnant son voisinage mais aussi son compagnon d’appartenir à une « secte sataniste », qui ne  souhaiterait rien d’autre que  lui ravir son enfant…

A six ans d’intervalle tout sépare ces deux films exceptionnels, chacun dans leur approche et conception radicalement opposées du mal et de l’épouvante. Chez Roman Polanski l’ambiance est feutrée, en apparence amicale, bourgeoise et bienveillante, tandis que Tobe Hooper, lui, se vautre sans préambule dans la fange et la crasse, gratifiant son public de personnages ignominieux en intronisant rapidement les fondations d’un jeu de massacre hautement anxiogène. Quand Polanski marche à pas de velours vers un dénouement aussi dramatique que jubilatoire, laissant planer le doute sur la potentielle folie d’une femme enceinte, Tobe Hooper, lui, pointe purement et simplement du doigt sa nation, les Etats-Unis, pourfendeurs du mal en d’autres lieux, mais atteints de cécité lorsqu’il s’agit de démasquer et maîtriser ses propres démons intérieurs.

Massacre à la tronçonneuse, long-métrage concis et fulgurant (1h24 seulement) s’oppose à un Rosemary’s baby qui lui se prélasse et s’étend sur 2h30, glissement ouaté vers une tragédie annoncée et un dénouement éclatant et magistral. Chez Tobe Hooper les hurlements ininterrompus, soutenus par une musique glaçante, irritent et hérissent telle  une craie antédiluvienne crissant sur un non moins séculaire tableau ; chez Polanski, peu de cris et d’agitation, nulle musique venant rehausser une ambiance déjà oppressante si ce n’est le générique de début et de fin, petite ritournelle naïve et enfantine fredonnée par Mia Farrow elle-même.

Polanski suggère, Tobe Hooper massacre. Polanski susurre, Tobe Hooper ceint son spectateur d’horreur à l’état pure.  Deux films virtuoses qui réveillent les hantises les mieux enfouies et les peurs les plus tenaces. Un véritable délice d’effroi et de sauvagerie jusqu’ici inégalé (et inégalable), pour deux productions de très grande qualité  dont il serait fort regrettable d’ignorer l’existence…

(Conseil amical : évitez les remakes et autres préquelles de Massacre à la tronçonneuse -cassez-vous plutôt une jambe, vraiment c’est mieux- et ruez-vous sur le livre, écrit par Ira Levin, et qui donna naissance au film Rosemary’s baby…)

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