ROBES D’ÉTÉ FLOTTANT AU VENT, Oek de Jong (1979)

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Oek de Jong… En voilà un bien doux, princier et inaccoutumé patronyme, pour un auteur somme toute assez énigmatique, visiblement peu connu de nos contrées. Ardu de trouver la moindre information sur cet homme, les portraits étant soit établis en langue étrangère (mes connaissances en néerlandais frisant la nullité la plus abyssale, vous comprendrez aisément que je ne sois  en mesure de vous donner la moindre indication quant à la vie intime de ce romancier) soit extrêmement laconiques. Nous n’en saurons donc guère plus sinon que Robes d’été flottant au vent fut à l’époque « unanimement salué comme un coup de maître par la critique et le public » et que, Oek de Jong, serait visiblement considéré « comme l’un des auteurs les plus importants de sa génération aux Pays-Bas ».

Quel titre trompeur également… Un intitulé qui brouille les pistes et nous prépare à la lecture d’une hypothétique bluette jocrisse et désuète. Que nenni. Il suffit pour cela de s’attarder sur la quatrième de couverture, soulevant déjà un peu  les voiles du mystère et révélant que le frontispice, sous des dehors champêtres et poétiques n’annonce en réalité rien de badin ou de  romantique (diantre ! Nous avons échappé au pire).  Un récit qui se  draperait plutôt d’un voile opaque, soulevé précautionneusement par un lecteur intrigué, laissant filtrer l’ombre des pérégrinations de l’auteur, perdu dans les méandres de l’esprit tortueux d’Edo Mesch, personnage évoqué sur trois époques différentes: Edo enfant, Edo  adolescent, Edo jeune adulte…

A huit ans, Edo est un bambin particulier, précoce et surdoué, qui éprouve certaines difficultés à s’intégrer à l’univers cruel et superficiel des enfants, et à accepter qu’on le considère comme « à part » intellectuellement parlant. Edo qui entretient une relation fusionnelle avec sa mère, entre savoureux attachement  et crises d’autorité oppressive. Coulant des jours plus ou moins heureux en compagnie de celle-ci tandis que le père se montre rarement présent, il subsiste de ce dernier un surnom étrange: « Oscar Vanille », sobriquet que l’enfant esseulé utilisera pour se façonner un ami imaginaire. Handicapé par un problème à l’œil et ceint d’un bandage, Edo joue de cette faiblesse, entre attitude de petit garçon immature et envolées intellectuelles peu communes pour un loupiot de son âge…

Neuf années se sont écoulées, Edo a aujourd’hui 17 ans.  Toujours aussi éclairé et bouillonnant, sa profonde intelligence n’en fait pas pour autant  un personnage remarquable et fréquentable. Devenu despote accompli, il prend un malin plaisir à tyranniser sa mère à qui il oppose sans cesse d’insolentes et véhémentes diatribes, abandonnant cette dernière démoralisée et préoccupée par le tempérament tempétueux de son fils ; atrabilaire, excessif, outrecuidant, Edo ne recule devant aucune forme  de provocation. Volubile,  atteint d’un mal de vivre prégnant, et animé d’un profond désir de voyage, il sera bientôt accueilli, durant l’été, par son oncle et sa tante dans une belle et vaste demeure surplombant les entrailles d’une île. Un oncle historien révélant rapidement un caractère fantasque et palabreur  qui attisera rapidement les angoisses et tourments d’Edo, tandis que sa tante Simone elle, fera jaillir des tréfonds du jeune homme de nouvelles sensations, érotiques et charnelles, transformant Edo en amoureux transi et fougueux…

Désormais, Edo, âgé de 24 ans, globe-trotter qui a déjà beaucoup transhumé, fuie sans cesse un mal-être qui l’étouffe et l’oppresse. En couple depuis six ans avec Nina, il l’abandonnera purement et simplement afin de construire une nouvelle relation avec Marta, femme mûre et mère de deux enfants; loin d’apaiser ses souffrances et démons intérieurs, cet énième revirement  l’amènera à se remettre en question et à plonger au plus profond de sa conscience, fuligineuse et coupable…

Oek de Jong aborde (entre autres) avec ce récit la question de l’intelligence. La grande, la pure, l’animale, l’instinctive, celle qui fait d’Edo un être charismatique et hors-norme, mais aussi celle qui façonne un personnage profondément torturé et courrouçant. Edo est, dans le fond, un  jeune homme peu attachant parce que peu réceptif, et pourvu d’un net penchant nombriliste et geignard ; mais il est aussi extrêmement intéressant dans ce qu’il a de plus retors, tourmenté, et par extension, dans ce qu’il a de plus spirituel et brillant. L’écriture, délicate et poétique, se fait souvent abstraite et savante, à l’image des pensées alambiquées d’Edo, qui traverse la vie de manière instinctive, sans se soucier des conséquences de ses actes, continuellement rongé par son indécision et ses doutes.

Oek de Jong nous livre un roman élégant, subtil, parfois difficile à entendre, un brin laborieux, mais prenant et charismatique…

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