DÉNEIGER LE CIEL, André Bucher (2007)

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André Bucher ressemble au Père Noël. En moins rondouillard, moins rutilant, et en beaucoup plus beatnik.  André Bucher vit depuis plus de trente ans dans une ferme située à 1100 mètres d’altitude dans le département de la Drôme, bien loin du  parisianisme littéraire et de ses grands airs. Il revêt tour à tour le costume d’agriculteur biologique, de bûcheron mais aussi d’écrivain. Car André Bucher (d)écrit magistralement la nature. Ce macrocosme et  ses caprices, ses états d’âmes, mais aussi sa beauté, son silence et son immense pouvoir ; celui de nous rendre libres ou de nous emprisonner, de nous indiquer la voix de la raison ou de nous bercer d’une douce folie, aux prises d’éléments ingouvernables. Ce court roman, concentré d’une poésie calleuse et indomptable, nous mène  sur les chemins de l’intériorité et lègue un très beau moment d’évasion, tout en laissant un arrière-goût d’inachevé…

Déneiger le ciel, ou plutôt déneiger ses souvenirs, ses maux, ses vagabondages intérieurs. David, soixante ans, vit dans une ferme isolée sur les hauteurs de Sisteron. Agriculteur et bûcheron, il se charge également chaque année de déneiger sa petite commune, mais aujourd’hui, à la veille de Noël, il ne reprendra pas les rênes de son chasse-neige. La culpabilité l’envahit  et le questionne, mais laisse rapidement place à un autre sentiment : l’inquiétude. Son ami Pierre est dans l’embarras, et son « fils de rechange » Antoine est en panne, prisonnier des tentacules immaculés de la neige. David, téméraire et opiniâtre, décide de partir à pied à la rencontre d’Antoine ; débute dès lors une nuit étrange, glaciale, qui le précipite au fil de ses pas dans l’antre des souvenirs. Le froid l’enveloppe, le trahit, avancée hallucinatoire entre les grands arbres alourdis de flocons. L’auteur dépeint avec grâce ce qui entoure son personnage, une nature à la fois hostile et majestueuse, sublimant cet homme qui se réfugie au creux de ses pensées, et  avance telle une bête de somme au milieu de la forêt.  Feu sa femme, sa fille, sa compagne, et la fille de celle-ci mystérieusement disparue depuis dix ans forment une farandole vertigineuse dans l’esprit de David, qui renoue avec elles en reformulant leur vie et en réinventant de possibles et d’étranges dialogues. Ce qu’il aurait dû faire, ce qu’il ne pouvait accomplir, les regrets, les remords, bilan d’une vie simple, contrastée, qui, comme pour tout un chacun, amène son lot de joies et de peines.

Déneiger le ciel c’est la mise en exergue d’un dialogue intérieur, d’un homme qui s’ouvre à la nature pour mieux se cloitrer dans son passé et exorciser les douleurs. Un joli roman dans lequel André Bucher saupoudre chaque page d’un peu d’essence de sa propre existence et offre de beaux passages contemplatifs, portés par une écriture concise, métaphorique et d’une très grande qualité. Cela ne suffit malheureusement pas à contenter entièrement le lecteur qui, outre le fait d’apprécier le « style Bucher », reste légèrement sur sa faim. Une histoire pas assez développée, quelque peu stagnante, que j’aurais aimé voir s’enfoncer plus longuement et profondément dans les entrailles psychologiques de cet homme qui, me semble-t-il, aurait eu encore un certain nombre de choses à nous raconter.  Le personnage de David gardera donc pudiquement quelques mystères, à l’image de l’auteur, « ermite » des temps modernes que vous apprendrez à connaître et apprivoiser en visitant le site internet qui lui est consacré : André Bucher, entre terre et ciel.

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