UN LONG MOMENT DE SILENCE, Paul Colize (2013)

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En 2012, je me repaissais de  l’écrivain belge Paul Colize avec le succulent et épicé Back up, polar estampillé roman noir, savamment déjanté et baigné de rock’n’roll. Deux ans plus tard,  je ne me suis pas privée d’un nouveau rendez-vous avec cet auteur singulier, me  délectant encore de l’un de ses récits, Un long moment de silence, avec le même plaisir gourmand. Pourtant, les deux textes sont aussi dissemblables qu’un chou de Bruxelles et un tiramisù, et je ne m’attendais pas à un tel grand écart dans l’œuvre de ce cuisinier littéraire atypique ; Paul Colize, sorte de Pain surprise humain qui renferme de délicieuses réflexions à chaque étage d’un esprit garni de savoureuse inspiration, présente ici un livre beaucoup plus sombre, calleux et éprouvant…

1948 : Nathan Katz, jeune juif déboussolé, débarque aux Etats-Unis afin de reconstruire une vie brisée par la guerre et la Shoah. Rescapé d’un camp, il aurait repris le cours d’une vie peuplée de cadavres et de cauchemars, si un événement ne l’avait mis sur le chemin d’individus  à la mémoire longue et à la conscience justicière. L’organisation dite du « Chat »  distille une salvatrice vengeance en traquant et condamnant les (nombreux) nazis passés à travers les mailles du filet des tribunaux. Nathan, jeune homme intelligent, instinctif et efficace deviendra un membre incontournable de ce réseau sous-marin,  « Armée des ombres » aussi nécessaire qu’éthiquement discutable.

21 août 1954 : Robert Kervyn, personnage sans histoire, décède lors d’un massacre perpétré en Egypte, drame sobrement nommé « Tuerie du Caire » qui fera une vingtaine de morts, et restera un mystère puisque les commanditaires ne seront jamais démasqués…

2012 : Stanislas Kervyn (fils de Robert), PDG d’une société de sécurité informatique, vient de publier un livre, La victime oubliée, enquête au long cours qui lui demanda près de vingt ans d’efforts acharnés à tenter d’élucider les tenants et les aboutissants de la  tragédie du Caire. Un besoin viscéral de comprendre resté inassouvi, jusqu’au jour où un passage télé suivi d’un étrange appel téléphonique viendront bouleverser sa vie et relancer ses investigations.

Qu’est-ce qui unit ces trois personnages, cette multitude de destins qu’ils traînent dans leur leur sillage, et qui traversent ce récit complexe en forme de boîte de Pandore?  N’ayez crainte et entrez dans la ronde macabre de l’Histoire…

Paul Colize entremêle habilement faits avérés et fiction, personnages réels et protagonistes tout droit tirés du puits intarissable de son imagination. Une aventure dense, documentée, instructive, miroir d’une intrigue labyrinthique qui laisse pousser de nombreuses ramifications et parvient à maintenir le suspense de bout en bout. Le personnage de Stanislas, sorte d’antihéros misogyne, concupiscent, insensible et misanthrope qu’il est  bien difficile de ne pas mépriser, se révèle aussi de pages en pages un antagoniste magnifique, endurci par la vie, et camouflant probablement certaines failles humanistes (le saura-t-on jamais ?).  Bourru, antipathique, direct, sans concession, Stanislas vit à cent à l’heure, à l’image de l’écriture qui  se fait simple, concise, fulgurante,  comme un direct  balancé en plein cœur. Paul Colize n’a pas de temps à perdre en palabres inutiles, il tient dans sa main la plume de l’urgence, s’épargnant les fioritures et autres circonvolutions, première couche d’un livre qui en révèle bientôt une autre, celle plus douce et émouvante. De sinuosités en mystères et d’enchevêtrements en croisements, chaque pièce du puzzle se met petit à petit en place, léguant un roman  judicieusement construit, habité de courts chapitres et où l’on évite adroitement toute forme de pathos, tout en distillant une belle mesure d’empathie. L’auteur explore habilement les thèmes de la barbarie, de la vengeance,  de la quête d’identité, en posant abruptement des faits, et rend hommage à l’Histoire, celle de millions de personnes  dont la providence fut atrocement mutilée.

Remarquable et prenant…

NB : Petit détail certes, mais ce sont les précisions  qui font un beau livre: n’omettez pas de lire la Note au lecteur rédigée par Paul Colize à la fin du roman… Une note inattendue, surprenante et surtout extrêmement poignante.

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