ASTÉRIX– LE DOMAINE DES DIEUX, Louis Clichy (2014)

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Notre cher Astérix investit de nouveau les salles obscures : « Mouuaais » dubitatif et peu concerné. Mais (attention, nuance) sous forme de film d’animation, et qui plus est dont le scénario, la co-réalisation et les dialogues sont signés Alexandre Astier : « Aaah ? » curieux et intrigué. Car  Astérix en dessin animé fait resurgir de bien délicieux souvenirs d’enfance ; chaque année, durant la période de Noël, étaient diffusées à la télévision les tribulations de notre gaulois à moustache blonde et nez en forme de patate. La bouche barbouillée de truffe au chocolat et le sourire enfantin savamment édenté, ce n’était plus un plaisir mais une véritable institution, un rendez-vous immanquable sous peine de « roulage-au-sol-cris-stridents-battements-de-pieds ». Dès lors, et quasiment trois décennies plus tard, comment résister à l’appel du petit  futé court sur pattes, flanqué de son éternel compagnon Obélix, notre gros benêt aux poings de béton et à l’estomac de « Goinfrosaure » ? Impossible de ne pas céder au chant des sirènes gauloises car ce retour bien senti est célébré en grande pompe, avec une production de très belle facture, subtile, drôle et ludique, qui ravira même les plus réfractaires et grognons d’entre nous.

César, toujours aussi gracieux qu’une porte de prison et obnubilé par ses délires de conquêtes et de grandeur, exige la construction d’une cité résidentielle en vue de loger ses compatriotes romains : l’imposant et fastueux « Domaine des Dieux ».  Mais surtout, notre bon Jules en a définitivement ras la couronne de lauriers de ce « paisible » village gaulois inconquis et peuplé de terreurs nourries de potion à gnons. L’Imperator,  bien décidé à rayer de la surface de la Terre ces irréductibles nuisibles et escorté d’Anglaigus, sorte de croisement entre un architecte et une diva hystérique, fera (dans ses rêves les plus fous) définitivement plier ses meilleurs ennemis en détruisant purement et simplement leur environnement naturel. Le chantier émerge, et malgré la résistance d’Astérix, Obélix, Panoramix et leurs compagnons de banquet, rien n’y fait, le premier édifice voit le jour, annihilant l’âme et les ressources de la forêt. Pis, outre le fait que nos Gaulois aient été incapables d’interrompre ce projet mortifère, ils se retrouvent eux-mêmes attirés comme des aimants par l’appât du gain et le prompt besoin de confort, symbolisés par  cette soudaine nuée de Romains grassouillets, fraîchement débarqués en Armorique. Une scission s’opère, les conflits éclatent, des clans se forment, laissant bientôt place à une sévère bouderie entre villageois. Astérix, Obélix et Panoramix parviendront-ils à déloger cette cohorte d’envahisseurs et rétabliront-ils la paix au sein de leur clan ? Si César est veni et a vidi, il n’est pas tout à fait certain qu’il ait d’ores et déjà vici

Je serais bien en peine d’établir une comparaison avec la BD, pourtant lue et relue dans ma prime jeunesse, mais il semblerait tout de même que le film lui soit  amoureusement fidèle. Quoi qu’il en soit, Astérix-Le Domaine des Dieux est une véritable bulle d’oxygène où chaque scène, chaque dialogue, chaque échange d’uppercut  donnent  matière à s’esclaffer, mais pas seulement. L’intrigue, savoureusement actuelle, aborde des thèmes majeurs tels que la revendication syndicale, l’asservissement des peuples, les constructions sauvages, la surabondance de luxe, et l’opulence mère de tous les maux… Le dessin, dépoussiéré, modernisé et rehaussé de couleurs chaudes et vives ne dénature cependant aucun personnage, quant aux répliques, elles fusent à la vitesse de la lumière, sublimées par les voix d’acteurs français bien inspirés. Nous pouvons même attribuer un « Sanglier d’honneur » à Lorànt Deutsch impeccable en architecte survolté, et Elie Semoun dans le rôle du soldat Cubitus, syndicaliste à phonation de crécelle qui ramène sa fraise à tout bout de champ et détend bigrement les zygomatiques. Saluons également la présence  (indispensable) de Roger Carel, éternel Astérix, et glissons ici une pensée émue pour Pierre Tornade – qui prêta son timbre singulier à Obélix dans les années 80-90 – remplacé par un Guillaume Briat remarquable dans le côté gros nigaud sympathique; sans oublier Laurent Lafitte, extraordinaire en Duplicatha, esclave-orateur précieux et doucereux.

Si les Romains sont toujours aussi fous, nos Gaulois eux sont toujours aussi caractériels, indisciplinés et terriblement attachants. Louis Clichy et Alexandre Astier nous livrent un très beau moment de cinéma à travers ce film d’animation soigné, travaillé et solaire, sublimé de plus par une 3D intéressante, qui n’est toutefois pas totalement indispensable. Espérons que le succès soit au rendez-vous… Alea jacta est.

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