GABY BABY DOLL, Sophie Letourneur (2014)

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ACTE III

Scène V : Moi 1, Moi 2  

Moi 1 – Avez-vous vu chère amie que Les Cahiers du Cinéma encensent Gaby Baby Doll ?

Moi 2 – Diantre, est-ce Dieu possible ?

Moi 1 – Rendez-vous compte, un long métrage projeté dans plus de trois salles en France, qui ne s’étale pas sur près de 4h37 et dont la compréhension est accessible à tous ! Positionnement du proverbial et non moins pointu magazine somme toute assez rare pour être noté et sentir monter les frémissements de la curiosité.

Moi 2 – Sans nul doute compagnon Moi 1, le synopsis est alléchant, la distribution attrayante, le propos singulier, prototype même du « petit » film dénué de prétention, discret et modeste, qui pourtant fait preuve d’une belle grandeur d’âme, traité avec beaucoup d’humour, d’empathie, de gaieté, et parcouru d’une poésie à la fois abrupte et solaire !

Moi 1 – Vous m’intriguez chère camarade Moi 2, explicitez donc votre propos…

Si certain(e)s révèlent un problème (inquiétant) de double personnalité, d’autres comme Gaby (Lolita Chammah), jeune femme voluptueuse au regard de cocker perdu et à la sublime moue boudeuse, tendent à conquérir le titre suprême de l’irrésistible névropathe. Emmerdeuse aguerrie, la volubile blondinette abhorre le concept de solitude, irréversible tourbillon cancanier paniquant à l’idée de se retrouver livré à lui-même sans plus de compagnie. Gaby entend être systématiquement chaperonnée (surtout lorsqu’elle va aux cabinets), ne conçoit pas une vie sans papotages, n’entrevoit pas une existence bercée de silence, car Gaby doit combler un vide abyssal, gouffre psychique qui excède brillamment son entourage et plus encore son petit ami Vincent. Conscient que sa présence tient plus du besoin  de doudou que de l’amour véritable, il se résigne à abandonner sa papillonnante amoureuse et à ne revenir auprès d’elle que lorsque « toutes les feuilles de l’arbre seront tombées ». Notons que nous ne sommes qu’au début de l’automne et que Gaby se retrouve désormais seule dans une grande maison à la campagne, épreuve quasi insurmontable, car la jolie empoisonneuse angoisse, s’ennuie, et lutte tant bien que mal contre les assauts de la déprime en pourrissant la vie des braves types du village. Jusqu’au jour où, sa route croise celle de Nicolas (Benjamin Biolay), ermite misanthrope se terrant dans une minuscule cabane au confort rudimentaire ; rencontre improbable en forme de choc des tempéraments, carambolage existentiel qui n’empêche en rien Gaby de s’accrocher très vite à son nouvel « ami » auprès duquel elle tentera d’apprendre le concept de l’indépendance. Quant à  Nicolas, ils se résoudra bon an mal an à traîner péniblement cette princesse des temps modernes, paumée, attachante et psychologiquement instable.

Sophie Letourneur présente un long métrage à la réalisation simple, tricotée de nombreux plans fixes qui offrent au spectateur les visages et attitudes de comédiens excellant dans cette histoire en forme de tranche de vie. Lolita Chammah est éblouissante et drolatique dans son rôle d’enquiquineuse caressant l’idée de devenir comme Nico, « mais pas trop quand même ». Le destin de son personnage se jouera sur une simple balade quotidienne et son aptitude à faire pipi tout seul au bord de la route, à marcher à distance, et à enjamber les barrières sans se vautrer lamentablement dans la boue. Benjamin Biolay de son côté se révèle formidable dans un rôle de taiseux aspirant à la tranquillité et cependant obligé de se métamorphoser en maître de vie, berger de la maturité, guide du renouveau.  Un duo fantastique bourré de fraîcheur qui sous des airs badins déballe tout de même une question sociétale inquiétante: la crainte viscérale de la solitude et les mauvais choix qui en découlent. Malgré une fin trop convenue et un léger flottement au milieu du film, Gaby Baby Doll pétille et enivre, production joyeuse, intelligente, théâtrale et (presque) délestée d’un poids « culcullapralinien ».

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