EN BREF, EN MOTS ET EN IMAGES… 2 LIVRES, 1 FILM, 3 POSSIBILITÉS

JUSQU’ICI TOUT VA BIEN, Collectif (2013)

LE MAÎTRE DU JUGEMENT DERNIER, Leo Perutz (1923)

A MOST VIOLENT YEAR, J.C Chandor (2014)

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Aujourd’hui, ne nous éreintons pas à tergiverser entre film et livre, compilons le tout, pilons, mixons et  offrons un petit résumé de ces dernières semaines. Traduction : délestons-nous surtout d’une grosse crise de fainéantise aiguë…

Si les éditions aNTIDATA – spécialisées dans la nouvelle, les dialogues et autres lettres – ravissent avec un ouvrage consacré à la phobie, Leo Perutz lui, nous embarque dans un conte « policier » dédaléen et élégant dont le prélude se fait un brin traînant, cependant qu’il s’offre bientôt l’astucieuse démarche de s’épaissir lentement mais sûrement, jusqu’à léguer une fin fort surprenante et singulière. Le réalisateur J.C Chandor, de son côté, braque sa caméra sur l’année 1981, lorsque New York touchait le point culminant de la perniciosité. Le film pousse sur le devant de la scène Abel Morales, immigré venu faire fortune dans le transport de fioul, rapidement guetté par la corruption, la violence, et dont l’existence risque de basculer à tout moment…

Si vous êtes littéralement terrorisés par la constipation, les fourmis, les aurores boréales ou les poupées, ruez-vous sur Jusqu’ici tout va bien, concentré énergisant de loufoquerie, de surréalisme mais aussi de drame et d’émotions, astucieuse mise en lumière de nouvelles enchanteresses qui nous plongent au cœur de nos égarements les plus insensés et les moins contrôlables. Chaque auteur, en une dizaine de pages, développe des trésors d’imagination pour mettre en mots ce qui ronge chacun d’entre nous, ces sempiternelles peurs dont l’origine semble parfois bien difficile à établir. De l’anuptaphobie à l’automysophobie en passant par la phanérophobie ou l’intervacuphobie (je vous laisse le soin d’arpenter vos précieux dictionnaires!) chaque entité de ce court livre use de beaucoup de talent et de créativité pour dédramatiser et embellir ces excès parfois bien honteux…

Si jusque là vous n’êtes toujours pas secoués par une attaque soudaine de bibliophobie, poursuivons avec l’écrivain autrichien Leo Perutz qui, au travers des éditions Zulma, invite son lecteur à se blottir entre les bras peu rassurants du Maître du jugement dernier, paru pour la première fois en 1923. Passionné d’intrigues et oscillant entre Edgar Allan Poe et Mikhaïl Boulgakov, Perutz, écrivain inspiré et malin, envoie  son personnage le baron Von Yosch s’embourber dans une trame retorse et ténébreuse aux airs faussement « Rouletabilliens » : le comédien et ami Eugène Bischoff meurt lors d’un récital de piano au début des années 1900, et ce dans des circonstances bien étranges. Von Yosch, déboussolé, accusé de meurtre et secrètement amoureux de l’épouse de Bischoff, aura-t-il assez de courage et de lucidité pour faire toute la lumière sur ce drame impromptu et aux saveurs de surnaturel ? Sans revêtir le tissu de l’inoubliable, cette œuvre originale offre tout de même un très bon moment de lecture et parvient à captiver un lecteur un brin frustré par une écriture empreinte de joliesse certes, mais légèrement amorphe…

Quant à la séance de cinéma, la bouche se tord en une vilaine moue dubitative, la tête dodeline, l’œil se fait critique et le couperet tombe : A most violent year, loin d’être désagréable à regarder, apparaît cependant comme décevant et parcouru de faiblesses. Si la forme (réalisation, jeu d’acteurs, décor années 80) est parfaitement maîtrisée, le fond lui  laisse à désirer, comme si les données d’un plan à l’autre ne collaient pas, comme si la réalité était grignotée par des invraisemblances toutes romanesques et peu crédibles. Quand la prestation d’Oscar Isaac se fait exemplaire, son rôle d’entrepreneur aux prises d’affaires troubles se révélant en Jésus-Christ du business lui, paraît carrément incohérent. Car si le personnage d’Oscar Isaac tout auréolé de bonnes intentions et de droiture peut goûter à la morale et aux scrupules, le voir se débattre dans son bain de naïveté, outré et révolté par des magouilles qui n’étonnent que lui, laisse un goût amer de perplexité. Jessica Chastain elle, en « femme de » beaucoup plus prosaïque et consciente des risques du métier  éblouit d’un charme glaçant et distancier, sauvant quelque peu ce long métrage encensé par la critique et qui pourtant, malgré un charme indéniable, ne convainc pas. Le scénario méritait d’être étoffé, l’histoire développée, calcul qui aurait peut-être évité l’abandon du spectateur aux mains de la circonspection, ce spectateur boudeur attendant vainement un décollage qui ne survient jamais…

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