LES NOUVEAUX SAUVAGES, Damián Szifrón (2015)

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Cette nouvelle année cinématographique débute décidément sous de biens vilains auspices. Après la déception sur l’attendu A most violent year, la malédiction se poursuit avec le tout aussi espéré Les nouveaux sauvages. Un long métrage porté aux nues et néanmoins largement surestimé, qui ne mérite aucunement ce tapis d’éloges pléthoriques déroulé par des critiques vendant (et vantant!) une succession de sketches soi-disant « jouissifs », « tordants » et « hilarants ». Je ne sais si c’est moi qui ne suis parvenue à débusquer le chemin de la « poilade » absolue,  ce dont je suis sûre en revanche, c’est d’avoir emprunté à grands pas celui de l’atterrement. Et, si je me cabrais dans la posture d’un célèbre « critique gastronomique » (que l’on m’en garde), j’énoncerais ici un lapidaire et sans concession: « C’est d’la merde ». Cependant, étant bien éduquée et causant cinéma, je me contenterais d’un peu sympathique et non moins succinct : « C’est d’ la verte crapulerie  ».

Mon côté (très) bon public prend donc un plomb conséquent dans l’aile à la vue de ces six histoires s’étalant paresseusement sur près de 2h (j’en soupire encore). Car voici un film qui respecte à la lettre la règle des 3 L : Long, Lent, Lourd.  D’une vengeance en avion à une vendetta dans un restaurant, en passant par un règlement de compte sanglant sur une route déserte et un mariage qui dégénère dangereusement, non seulement il m’a été bien difficile de me dérider mais, a fortiori, la réalisation n’arrange rien. Aussi maladroite, affolée et patapouf qu’un pachyderme se débattant au milieu d’enfants hystériques à Disneyland. Sous prétexte que l’on évoque une certaine forme de déconnexion avec la réalité, que l’on déballe à tout-va du nervous breakdown, le spectateur devrait piteusement consentir à ce que rien ne soit travaillé et élaboré, à ce qu’aucune situation ne se révèle réellement percutante et à ce que la caméra circule de manière bien malhabile. Rien ici ne prête vraiment à rire (tout juste la moitié d’un sourire crispé au bout d’1h30), ni les dialogues peu inspirés, ni les situations elles-mêmes, fantasmagoriques et crétines.

En outre, certains réfractaires (ils sont peu nombreux) reprochent à ce film de faire de l’Homme un animal, sans retenue ni morale. Le problème me semble d’une tout autre nature. En amatrice d’humour noir et de cynisme, que l’on égratigne l’Humain et que l’on prenne le parti de l’immerger dans ce qu’il a de plus mauvais, ridicule ou pathétique ne me dérange guère, bien au contraire : que l’on puisse tous être à un moment donné peu ou prou démangés par des envies de meurtres ou autre besoin de débloquer promptement est une chose, que l’on parvienne à traiter ce type d’excès intelligemment et avec une immoralité éclairée en est une autre. Car même un « pétage de plomb » outrancier se doit d’être  bichonné, maîtrisé, sous-entendu avec doigté et amené avec finesse; une tension portée par un vrai postulat de départ, non par une idée sommaire, jetée à la va-vite sur un morceau de papier. L’on veut faire du mordant et du drolatique, l’on ne parvient pas même à pondre du choquant ou du vulgaire. Car la vulgarité aussi peut être mère d’amusement, ce qui n’est nullement le cas ici. Un film qui prend des « airs de », qui se veut comme ci ou comme ça, mais qui ne se drape que d’une fallacieuse et prétendue nature subversive. Si l’idée de départ semble appétissante et porteuse d’espérances, le résultat lui n’est que raté et terriblement courrouçant, conduit de plus par un jeu d’acteurs approximatif, et un ensemble d’une pauvreté narrative affligeante.

Seule « saynète » qui trouve (à peu près) grâce à mes yeux, celle – emmenée par le troublant Ricardo Darín – qui expose assez bien le substantiel problème des lenteurs et injustices administratives, pouvant gravement faire flancher tout individu normalement constitué.

Je peste et je grogne face à ce film confus, brouillon, éparpillé et gâché… Et qu’il soit produit par Almodóvar n’y change rien !

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