IT FOLLOWS, David Robert Mitchell (2015)

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Il est des films comme celui-ci d’où l’on ressort particulièrement dubitatif mais enchanté. Traduction approximative et fleurie : « Je n’ai rien pané, mais c’était bien ». It follows c’est un peu la réminiscence d’Under the skin, Donnie Darko ou le dernier Villeneuve, Enemy. Des productions captivantes et étonnantes certes, mais relativement difficiles à appréhender, longs métrages alambiqués qui activent la matière grise, nous rendent un peu chèvre et tendent au débat : « Mais saperlipopette, qu’est-ce qu’on a bien voulu nous dire ? ». Parfois, rien ne sert de courir après ses méninges, il suffit simplement de s’abandonner aux mains perverses d’un univers sans queue ni tête, de laisser agir le charme et de succomber à une atmosphère aussi vénéneuse que subtilement tarabiscotée…

Jay est une adolescente sympathique et rêveuse qui, après une expérience sexuelle quelconque, se retrouve subitement harcelée par des « choses » peu amènes revêtant les traits de personnages « zombiesques » avides de chair fraîche. Problème : Jay est la seule à voir ses apparitions et surtout  – dans un élan très immoral du scénariste – si Jay veut se débarrasser de ses poursuivants il lui faudra nécessairement « refiler » ses visions en faisant l’amour avec le premier quidam qui se présente. Cercle vicieux sexuel malsain, comme si l’on jouait au ballon prisonnier et que l’on se fourguait égoïstement une maladie pour mieux se délester de souffrances physiques et morales insoutenables et injustes. Jay angoisse, panique et entrevoit les sombres méandres de la folie, tandis que ses amis tentent de résoudre ce problème peu commun…

It follows est un film surprenant dans sa manière peu conventionnelle de traiter l’épouvante au travers des ados. Ceux-ci lisent Dostoïevski, ne sont pas dotés de physiques sculptés dans la perfection, d’attitudes faraudes et de revendications oiseuses. Ils n’évoluent pas dans des quartiers huppés, bien loin d’une adolescence dorée qui joue à se faire peur. Eux résident à Detroit, l’une des villes les plus ravagées des États-Unis; tout y est sombre et décharné, pesant et aigre. Pourtant, le cinéaste parvient à semer les petits cailloux d’une lumière douce et lénifiante, au cœur d’un chaos urbain et existentiel. La  réalisation extrêmement léchée, inventive et surprenante donne le vertige, soutenue par une musique « John Carpenterienne » sublime, anxiogène, grinçante et virevoltante à souhait. L’on nous dispense finalement peu de grosses frayeurs, mais une sinistre allégorie de l’adolescence américaine qui se cherche, livrée à elle-même (où sont les adultes ?) et confrontée à des découvertes sexuelles exaltantes mais sources de bien des névroses. Mitchell restitue avec beaucoup de maîtrise une ambiguïté propre à cette période bouleversante, dualité entre une fragilité tout enfantine et une vaillance tout inconsciente qui transpirent de chaque plan, chaque dialogue, chaque regard apeuré. Et au milieu coule une rivière de béatitude, car nos adolescents sont beaux, touchants, inséparables et solidaires, petit groupe interdépendant face à une adversité macabre. Jay et ses amis seraient-ils simplement perturbés et dans un état de trouble avancé ou réellement confrontés à un danger impalpable et surnaturel…

Le réalisateur dans un délire de morale exaspérant tenterait-il de prouver que les relations sexuelles adolescentes se révèlent nocives et sources de nombreux dérangements psychologiques, ou au contraire, dans un esprit libertaire et affranchi, affirmerait-il qu’enchaîner les aventures permet d’exorciser le mal-être, de chasser ses démons intérieurs, et de se délester des restes d’une enfance pataude et soumise ? Allez savoir…

It follows n’est pas à présenter à tous les yeux et sans être le chef-d‘œuvre de l’année se révèle malgré tout magnétique, déstabilisant et particulièrement réussi.  À découvrir…

 

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