RÉALITÉ, Quentin Dupieux (2015)

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L’araignée qui vit accrochée au plafond de Quentin Dupieux fait une nouvelle fois courir ses longues pattes piquées de fantaisie et de créativité sur le septième art. Après nous avoir nourris de longs métrages tous plus délirants et extraordinaires les uns que les autres (Rubber, Wrong, Wrong cops…), la « douce-dingue » arachnide vient de tisser une nouvelle toile dans la tête du petit génie Mr. Oizo, faisant une fois de plus souffler un vent de folie éclairée sur les salles obscures…

Réalité c’est Jason Tantra, cadreur affable et lunaire (Alain Chabat) qui tient dans son esprit le scénario du siècle. Réalité c’est un producteur névrosé  (Jonathan Lambert) qui accepte de financer le futur film d’horreur de Jason à condition que ce dernier déniche en 48 heures LE gémissement insoutenable qui les mènera jusque sur le glorieux chemin des Oscars. Réalité c’est aussi une adorable fillette blonde qui découvre au milieu des entrailles d’un sanglier une mystérieuse cassette vidéo, un directeur d’école aux prises de rêves troublants, un animateur télé développant de « l’eczéma à l’intérieur », un réalisateur toqué et surdoué qui use des kilomètres de pellicule pour atteindre la perfection cinématographique… Bref, comme à son habitude Dupieux livre sur un plateau déformant une galerie de personnages hallucinés et extrêmement attachants, interprétés par une ribambelle d’acteurs aussi déjantés qu’impeccables.

Certains critiques affirment qu’il s’agit là de l’œuvre la plus accessible de Dupieux. Si l’on n’a aucune connaissance de ce personnage-ovni cette assertion me paraît dès lors quelque peu erronée. Il s’agit surtout de son expérimentation la plus étrange, la plus « sérieuse », la plus alambiquée, la plus réfléchie, et par conséquent la plus déstabilisante. Dupieux explore la frontière ténue entre réalité et rêve, sa caméra habile et précise plongeant le spectateur au cœur d’un univers impalpable et biscornu ; fascinante allégorie de la difficulté à dompter ses obsessions de création qui n’est pas sans rappeler Huit et demi de Fellini. Difficile de ne pas faire le rapprochement entre le personnage de Chabat et celui de Marcello Mastroianni, cinéaste en panne d’inspiration se réfugiant dans un univers fantasmé afin d’échapper à une réalité trop pesante. Jason, obsédé par son cri de douleur se laisse doucement glisser entre les doigts d’un onirisme réconfortant, cocon aussi douillet et cotonneux qu’effrayant et aliénant, jusqu’à se retrouver double, enfermé à la fois dans une chambre d’hôpital et une télévision – surprenante et sympathique référence à Poltergeist que cette jolie fillette blonde assise en tailleur devant un petit écran, totalement hypnotisée par cet homme en état de flottement.

Entendu à la fin de la séance, un laconique et désespéré : « Je n’ai rien compris ». Une phrase qui résume parfaitement  le double effet hallucinogène que représente l’œuvre de Quentin Dupieux. Il n’y a à la fois rien et tant de choses à comprendre, subtile embrouillamini d’inventivité aussi foutraque que maîtrisé. L’on peut tout de même noter (en faisant preuve d’un tantinet d’objectivité) qu’à force de multiplier ses effets, Dupieux distance et finit par perdre son spectateur néophyte qui, admettons-le, doit se sentir comme égaré, aux prises d’un sentiment de perplexité prégnant. Adopter la bête Mr.Oizo c’est s’habituer à cet univers étrange et décalé et se laisser happer par des réflexions sophistiquées et papillonnantes. Jouissif…

 

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