THE VOICES, Marjane Satrapi (2015)

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S’il existe en ce bas monde une jolie fée qui envoie des souffles de bonheur sur le septième art, elle se nomme Marjane Satrapi. Personnage inspiré, flamboyant et bienveillant qui, de sa baguette magique, répand sur nos esprits un lénifiant talent et assaille nos pupilles d’images fascinantes. Après Persepolis et Poulet aux prunes, la cinéaste signe avec The Voices un long métrage sans fausse note, parfaitement maîtrisé, sombre et hilarant, ambivalent et homérique, qui traite avec une maestria hors-norme de la schizophrénie ; sujet douloureux s’il en est, mis en lumière avec beaucoup d‘intelligence et de doigté. L’on ressort de ce film terriblement amusé mais aussi brassé et ému, juste dosage de « pitrerie » et de souffrance qui photographie la maladie sans la dramatiser ou la tourner en ridicule, lui donne toutes ses lettres de noblesse sans pathos ni moquerie, juste beaucoup de tendresse et de clairvoyance, le tout porté par un humour décapant  et féroce…

Jerry (Ryan Reynolds), jeune homme sympathique considéré comme agréable mais quelque peu simplet vit seul et ne fréquente personne en dehors de son chat et de son chien avec qui il entretient de surréalistes dialogues, le cruel matou faisant office de diablotin vulgaire et méchant (irrésistible !) tandis que le canidé lui, se positionne en bonne conscience un brin pataude et naïve. Les voix résonnent et s’entremêlent dans l’esprit malade de Jerry, car loin d’être un personnage inoffensif et limité comme l’imaginent ses collègues, il est avant tout un danger potentiel pour lui-même et les autres. Jerry, émotif et déséquilibré peut massacrer sauvagement sans préméditation, pris de panique et déconcerté, toujours troublé et rongé par une dualité fratricide entre ses envies de bien et de mal. Et lorsqu’il rencontre Fiona (sublimissime Gemma Arterton) les choses se compliquent, l’amour inconditionnel se tordant en un serpent venimeux dans l’esprit de cet être qui ne maîtrise pas tout à fait les codes de la sociabilité et de l’amour. Transformé en tueur sanguinaire par ses voix intérieures, démoniaques et mortifères qui lui lacèrent les tripes et lui brouillent l’esprit, Jerry n’aura de cesse de se débattre et de surnager à la surface d’eaux troubles et marécageuses, déchiré entre sa bienveillance un tantinet crétine et sa monstruosité largement inquiétante…

Des éclats de rire montent une émotion et d’un incommensurable amusement découle une sincère tristesse qui éclairent toute la beauté de ce film-ovni ; l’image est belle, la réalisation soignée, les acteurs irréprochables, la mise en scène d’une originalité éclatante et le scénario (très) singulier. L’on visite le monde de Jerry à travers son regard, vision édulcorée de sa vie et de ses actes, tandis que le changement brutal de point de vue ouvre les portes d’un environnement en réalité crasse, désespéré et malsain, son appartement n’étant qu’insalubrité et placard à cadavres, pourtant perçu par le jeune homme comme un nid propret, accueillant et chaleureux. Ses morts lui parlent, il s’abstient de prendre son traitement, et sa tête explose de voix faisant resurgir un passé trouble et particulièrement douloureux qui le hante et le détruit.

Sombre et désopilante allégorie du mal-être, du poids du passé et ses conséquences sur le présent, mise en lumière du travail nécessaire mais limité de la psychologie, The voices est une petite pépite oscillant entre un comique absurde et une tragédie lumineuse, d’où jaillit une humanité saisissante jusqu’à dévoiler un générique de fin littéralement tordant. Marjane Satrapi ensorcelle et livre une œuvre délectable et inoubliable, à découvrir au plus vite…

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