L’ASCENDANT, Alexandre Postel (2015)

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Glaçant et brillant… Voilà comment résumer sans périphrase inutile le deuxième roman d’Alexandre Postel, jeune écrivain de 33 ans, professeur de Lettres et lauréat du Goncourt du premier roman en 2013 avec Un homme effacé. Alexandre Postel qui, tel un chef d’orchestre littéraire habile et très inspiré, nous entraîne avec une maestria atypique dans les sombres méandres de la psychologie humaine, nous enferme dans la cage spirituelle de son personnage et nous  tourmente avec une œuvre succincte, riche et labyrinthique dont l’on ressort abasourdi et totalement conquis…

Un narrateur étrange, tout en ombre et en contours flous conte à une psychiatre – protagoniste fantôme du roman – les cinq jours qui quelque temps avant bouleversèrent son destin de manière cursive et irréversible… Vendeur en téléphonie mobile, âgé de trente-six ans, taciturne et peu communicatif,  il apprend un matin que son père vient de décéder sans toutefois ressentir ni sensation de flou prégnante ni chagrin assommant. Car ce père il ne le connaissait finalement que trop peu et entretenait de vagues relations lointaines – voire tendues – avec celui-ci depuis la mort de la mère. Détaché et un brin ahuri il lui faut tout de même faire preuve de pragmatisme et régler les détails de l’enterrement qui, en peu de jours, vont tourner à la tragédie la plus inattendue, la vie de ce personnage au comportement immature et au tempérament insondable prenant une tournure dramatique, presque surréaliste. Bientôt installé dans la maison d’un géniteur somme toute mystérieux et trouble, ce qu’il y découvrira l’emmènera aux confins de la folie, la dépression et dans les recoins les plus pernicieux de l’héritage… Parce qu’il est de notoriété publique que l’on ne choisit pas sa famille et encore moins ses parents…

Alexandre Postel, dont l’écriture magnétique envoûte littéralement, offre un livre sublime, fulgurant, précis, anxiogène et tout simplement fascinant. Une fois pris-e entre les griffes de ce magicien littéraire il n’est plus possible de se départir de cette œuvre singulière, le bout du nez collé aux pages, aimanté-e par cette histoire incroyable, emplie de cynisme, de bizarrerie et d’ironie, où chaque mot est soigneusement choisi et où chaque phrase révèle un talent d’écriture indéniable. La mésaventure commence comme une épreuve de l’existence « banale » et pesante, s’étoffe, s’amplifie, prend du corps et de l’âme, mettant en lumière pléthore de concours de circonstances malheureux et d’enchaînements de mauvaises décisions, jusqu’à basculer dans une espèce de tourbillon psychogénéalogique des plus intrigant et intéressant – pour les personnes sensibles au sujet de l’analyse transgénérationnelle. Qui sont réellement nos ascendants ? Que nous transmettent-ils ? Quels comportements et autre faiblesses induisent-ils chez leurs descendants ? Et quel héritage psychologique font-ils peser sur nos épaules ?…

Alexandre Postel se positionne comme un écrivain extrêmement doué dont le style n’est pas sans rappeler Emmanuel Carrère et qui, avec L’ascendant, fait resurgir dans nos mémoires le terrifiant et majestueux Claustria  de Régis Jauffret.

À lire impérativement…

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