LA NIÑA DE FUEGO, Carlos Vermut (2015)

COUP DE CHAUD, Raphaël Jacoulot (2015)

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L’un est Espagnol, l’autre Français. Le premier s’envole aux confins de la folie et de la perversité tandis que le second – inspiré de faits réels – révèle les dysfonctionnements d’une société électrique et raidie par la paranoïa où le « vivre ensemble » apparaît comme de plus en plus compromis. Les deux – en dehors de leur excellence cinématographique – n’ont qu’un seul point commun : une chaleur psychique écrasante, une dérive psychologique suffocante qui étouffe et enserre, produit un certain malaise, tandis qu’une fascination un brin voyeuriste s’empare d’un spectateur attentif et captivé…

La Niña de fuego met en scène Bárbara, jeune femme trouble, mentalement fragile et au tempérament erratique, mariée à un psychologue étrange qui l’infantilise et la prend en charge d’une manière malsaine et dominatrice ; Bárbara dont la route, une nuit, croisera celle de Luis, professeur de Littérature au chômage, personnage taciturne affaibli et largement préoccupé par la leucémie de sa petite fille. Une rencontre fugace qui fera basculer leur vie dans la déchéance et l’horreur tandis que Damián, ancien professeur de Bárbara, à la fois aimanté et terrorisé par la jeune femme viendra compléter ce duo inhabituel et décharné…

La Niña de fuego est un film sublime, dérangeant, aux contours flous, auréolé d’un mystère et d’une étrangeté presque mystiques d’où une violence sourde et quasiment dissimulée s’échappe, atmosphère feutrée licencieuse qui laisse au spectateur tout loisir d’imaginer l’abomination pouvant se tramer hors de la vue de la caméra. Carlos Vermut présente une œuvre d’une élégante perversité, d’une gracieuse obscénité qui tient en haleine et braque sa lentille sur des rapports humains complexes et indéchiffrables. L’on serait tenté de pointer Bárbara du doigt et d’en faire la tortionnaire de cette histoire, mis à part que le labyrinthe des âmes perturbées et noires ne trouve jamais de sortie et que de bourreau l’on peut basculer victime (et vice-versa), sombre mise en lumière du dédale psychologique inintelligible d’individus vénéneux et en souffrance.  La Niña de fuego s’apparente à un cercle vicieux où les situations dramatiques nées du hasard s’enroulent autour d’une caméra qui reste bien souvent statique ; les plans fixes sont légion, comme si celle-ci se postait discrètement face aux personnages dans une attitude d’impudeur, comme si l’objet se métamorphosait en œil-de-bœuf à travers lequel le spectateur observerait la danse macabre de trois personnages qui jusqu’au bout se manipuleront et se débattront au milieu de leurs démons. Le deuxième long métrage – sorti en France – de Carlos Vermut éblouit d’une noirceur et d’une froideur époustouflantes, emmené par des acteurs et une actrice impeccablement toxiques, film magnifiquement perturbant, glaçant, dont les qualités narratives évaporées, libertaires et instables laissent douloureusement rêveurs…

Coup de chaud quant à lui conte l’histoire de Josef Bousou, fils de ferrailleurs vivant dans un petit village et qui enchaîne au grand dam des habitants les chapardages, bouffonneries et autres provocations. Josef, diagnostiqué « débile débonnaire et affectif » agace et irrite par son attitude nonchalante et puérile, alors que les adolescents du bourg eux, profitent allègrement de son tempérament gentil et dévoué. Josef fait monter la pression par ses bêtises et, si la tension éclate en cet été caniculaire mettant les nerfs à rude épreuve, rien n’est envisagé pour remédier au comportement déplacé de ce dernier. La famille le couve et les autorités s’en détournent maladroitement, accouchant bientôt d’un drame qui entraînera plus ou moins l’indifférence de villageois excédés ; allégorie d’une société où les relations humaines se dégradent, d’une société ou les institutions tardent bien souvent à réagir et laissent déborder une méprisante vindicte populaire, s’abandonnant à régler elle-même ses « maux » et « problèmes ».

JeanPierre Darroussin, en maire dépassé, bonhomme et bienveillant mais un tantinet  irresponsable qui tente de ménager la chèvre et le chou est admirable, tandis que Karim Leklou magnétise littéralement dans le rôle de ce jeune homme dont personne ne se soucie vraiment, bientôt accusé de tout et n’importe quoi ; regard profond et dérangeant à la fois fourbe et coquin, Josef devient petit à petit le bouc émissaire tout désigné qui payera cher des comportements sans gravité ou des actions plus violentes et punissables, le tout résultant d’un terrible sentiment de rejet d’une communauté fatiguée et usée par ses agissements. Comme un chien qui se mord la queue, l’on tourne en rond, l’on se regarde de biais, la nervosité s’installe, la menace rôde car la communication est brisée et que nul n’est véritablement en mesure de prendre en charge un personnage victime de ses troubles psychiatriques dont l’on fait fi et se détourne, transformant un grand enfant lunaire et perturbé en dédaignable ennemi à abattre.

Raphaël Jacoulot livre un film social aux arômes de thriller éprouvant où chaque acteur et actrice (formidables Grégory Gadebois et Carole Franck) remplit parfaitement son rôle et se glisse dans la peau d’une France écartelée, nerveuse et agitée par des problèmes économiques et sociaux qui exigent bien souvent de désigner des responsables et de pointer du doigt des coupables…

Deux excellents films à découvrir impérativement en cette fin d’été…                     

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