RENTRÉE LITTÉRAIRE ET PREMIERS ROMANS…

MARY, Emily Barnett (2015)

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Décidément la rentrée littéraire chez Payot & Rivages semble présager de bien belles années à venir en matière de nouveaux et indéniables talents… Mary, un simple prénom pour titre, comme Daphné du Maurier en son temps avec l’inoubliable Rebecca. Emily Barnett, critique littéraire et cinéma présente avec cette première épreuve deux destins de femmes qui s’imbriquent et se rejoignent sous une plume exquise et perversement distinguée, nous catapultant au cœur d’existences troublées et vacillantes, avec en toile de fond la question du féminisme, de la sexualité, de la maternité, des liens familiaux et de la psychogénéalogie, le tout servi sous l’œil sévère et empli d’ingérence de l’Histoire et de la politique…

Mary, un unique prénom pour deux femmes vivant à deux époques différentes. L’une évoluant au cœur des années 2000 avec sa mère dans un château – lieu de résidence un peu particulier dont je ne révélerai rien – ; l’autre, jeune femme des années cinquante aux prises avec une vie qui d’un côté la satisfait et de l’autre l’encombre, prémices d’une libération féminine où les désirs profonds et intimes prendront bientôt le pas sur des sociétés rétrogrades, bigotes et attachées à des « valeurs » toutes masculines et liberticides. De nos jours, la première lutte contre les attaques indomptables de pensées terrifiantes et mortifères ; la seconde, d’un autre temps, aspirée par ses angoisses les plus sournoises, se retrouve confrontée malgré elle au maccarthysme et cette « chasse aux rouges » qui fera basculer sa vie de femme et ses désirs d’émancipation. Ces deux Mary au tempérament confus et à l’esprit sauvagement désordonné, piégées par la vie, se débattent au milieu de leurs démons, leurs tourments psychologiques et autres blessures intimes. Quel lien unit ces deux personnages aussi attachants qu’effrayants ? Qui sont-elles réellement ? Bienvenue dans l’univers d’êtres aussi sublimes qu’impalpables, susceptibles au travers d’un « simple » livre de nous en apprendre long sur nous-mêmes…

Un résumé qui se fait volontairement laconique car Mary ne se raconte pas, il se lit, se ressent, se vit… Dans la lignée de l’inégalable du Maurier, de la puissante Laura Kasischke et de la terrible et sublime Shirley Jackson, Emily Barnett prend le relais de ces femmes hors-norme, apprenties sorcières d’une littérature passionnante, éclairée et somptueuse, sombrement parfumée aux effluves de folie et de détresse. Sir Alfred Hitchcock en son temps aurait peut-être délaissé sa délicieuse Daphné du Maurier pour la tout aussi délectable Emily Barnett qui n’hésite pas à explorer les profondeurs obscures de l’âme humaine en peignant deux tristes mais palpitants destins, s’attaquant frontalement et élégamment à la maladie mentale, s’abreuvant à la source de l’affliction pour donner naissance à un roman tout en ombres et au profil vaporeux où la Femme, splendidement torturée, trouve une place affirmée et prépondérante. Avec la maîtrise de Siri Hustvedt, la sensibilité de Joyce Maynard, la force et le charisme de Jeanette Winterson ou Goliarda Sapienza, Emily Barnett nous enchante et nous envoûte de son écriture aussi belle et gracieuse que froide et brutale oscillant entre réalité, fantasme et surnaturel, livrant une œuvre qui n’est pas sans rappeler l’admirable film de Joseph L. Mankiewicz, Soudain l’été dernier.

Tragiquement beau…

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