SOUDAIN, SEULS, Isabelle Autissier (2015)

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Joies de la profession ou aléas de la vie de lecteur obligent, faut-il réellement s’intéresser à nos chers prix littéraires ? Concrètement… non. Mais la liste des nommés pour le Goncourt étant tombée (bien bas), il s’avère tout de même difficile de siffloter débonnairement et de passer à côté comme si de rien n’était. Si un certain nombre de noms – que j’aurai la bienséance de ne pas citer ici – ont fait grimper mon « énervomètre » au paroxysme de l’excitation (Christine Angot entre autres, finalement la courtoisie…), d’autres au contraire m’ont réjouie (Alain Mabanckou). Et, au milieu de ces choix discutables, a surgi une signature qui elle, sans joie excessive ni déception immodérée, s’est contenté de m’interpeller et de titiller ma curiosité. Un patronyme discret et étonnant, comme glissé là par hasard : Isabelle Autissier. Première femme à avoir fait le tour du monde en solitaire, si ce personnage engagé impressionne, si l’aventurière subjugue et si la femme mérite un respect sans faille, qu’en est-il de ces talents littéraires ? Pour faire concis, le résultat m’a paru plutôt bon, avec tout de même une certaine et parfois lourde réserve….

Isabelle Autissier s’attaque donc au mythe de Robinson Crusoé au travers de ses deux personnages, Louise et Ludovic, jeune couple « branché » de Paris décidé à s’octroyer une année sabbatique en mer. En aventuriers sportifs mais peu aguerris aux conditions extrêmes et imprévues, ils s’échoueront sur une île australe aussi froide qu’inamicale, réserve protégée interdite à l’homme et, jouant de malchance, s’y retrouveront captifs. Leur vie dès lors bascule, la survie s’invite à table, ce triste banquet où il n’y a plus rien pour se sustenter et où les conditions climatiques mettent à rude épreuve des corps peu habitués et non préparés. Les physiques subissent, s’affaissent et s’effondrent, les esprits s’échauffent, les idées maladroites et désordonnées pour se sortir de cet enfer deviennent légion, transformant notre couple de citadins en survivants malhabiles, fébriles et tempétueux, l’inquiétude, le manque de confort et de nourriture martyrisant leur organisme et jouant de bien vilains tours à leur psyché…

Isabelle Autissier connaît bien évidemment  son sujet sur le bout des doigts, éclairant son livre de descriptions techniques et pointues en matière de navigation ou de nature hostile. Et, si elle parvient parfaitement à glisser le lecteur dans une atmosphère cloîtrée et anxiogène, si elle réussit à merveille à retranscrire le délitement d’un couple à la dérive, l’écriture elle, bien que parée d’une élégance et d’une joliesse indiscutables, m’a semblée vieillotte et scolaire, trop froide et manquant d’inspirations romanesques. Une œuvre qui se lit donc avec plus ou moins de plaisir, laisse une agréable sensation de satisfaction,  se heurtant tout de même à un léger goût amer, car Isabelle Autissier ne parvient pas à s’effacer au profit de ses personnages, laissant traîner dans le sillage de ses mots une présence qui se révèle trop forte, trop puissante et omnisciente. Autre point faible, le livre se compose de deux parties, Là-bas et Ici… Personnellement, je me serais – allègrement – contentée de Là-bas (segment le plus réussi), parce qu’ailleurs c’est souvent mieux, parce que cet ailleurs nous ne le connaissons pas, parce qu’il s’entoure de mystère et de curiosité, et que l’on aurait préféré rester sur cette île et entendre jusqu’à la dernière ligne le chant terrifiant de la survie, plutôt que de s’appesantir sur la description et les conséquences d’un retour mouvementé certes maîtrisé par l’écrivain-e, mais sans grand intérêt.

Un roman sans surprise, au sujet peu original mais plutôt bien ficelé et plaisant à lire…

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