COMMENT VA LA DOULEUR ?, Pascal Garnier (2006)

-poche-l-458

Comme expliqué à quelques pas de là dans ce blog, j’ai découvert Pascal Garnier il y a presque deux ans de cela sur le festival Quais du Polar au travers de La théorie du panda et Lune captive dans un œil mort… Depuis, une douce et tendre passion me lie à cet auteur singulier, décédé en 2010, digne représentant d’une littérature poétiquement brute et indomptablement aérienne. Parce que Pascal Garnier c’est une farandole de mots tendres et grinçants, un tourbillon d’humanité, une célébration de personnages atypiques, populaires et à la gouaille inégalable, le tout érigé par un auteur dont la sensibilité et l’acuité intellectuelle n’ont d’égal que son humour dévastateur et son imagination débridée…

Comment va la douleur et comment se portent nos rêves, nos émotions, nos illusions ? Simon est vieux, malade, bourru, misanthrope, désenchanté. Bernard lui est jeune, candide, empli d’espérances, cette jeunesse naïve et confiante aussi touchante qu’horripilante. Hasard de la vie, rencontre fortuite, Simon, « éradicateur de nuisibles », cueillera dans sa forêt de cadavres un être cabossé – quoique bien vivant –, Bernard, et l’embarquera dans une histoire rocambolesque, formant bientôt un tandem émouvant et atypique qui ne sera pas sans rappeler au bon souvenir du lecteur le sublime duo Ventura-Brel dans L’Emmerdeur. Comment va la douleur ? c’est aussi Anaïs, la maman de Bernard, touche-à-tout avortée qui a tout vécu et tout compromis mis à part sa tendre et destructrice relation à l’alcool, et puis Fiona, jeune mère aimantée à son joli bébé Violette, petite pâte de chair innocente qui de loin vit au gré des changements de couches et des pérégrinations de cette ribambelle de personnages pittoresques et décalés….

Les histoires et les mots de Pascal Garnier ont la gueule de son auteur : cassés, rock’n’roll et traversés de sinuosités. Ses personnages eux ont l’âme de sa vie : instables, errants, baroques. Chez Pascal Garnier la douleur se porte bien parce qu’elle est assumée, jamais camouflée ni tronquée, exposée à la vue de tous mais portée par un vocable « argotiquement » subtil et un humour grinçant des plus prodigieux. Pascal Garnier éveille, enjoue et catapulte dans nos mirettes du livre au caractère bien trempé, du texte qui ne s’en laisse pas compter, de l’œuvre âprement tendre, envolée, inspirée. Si Comment va la douleur ? me semble légèrement moins réussi en matière de narration que La théorie du Panda et Lune captive dans un œil mort, cela reste malgré tout un formidable moment de lecture et une bien jolie rencontre, celle de Simon – l’élégant froid – et Bernard – l’ingénu fidèle –. Un livre porté par un écrivain dont on ne parle pas assez, par une plume dénuée de fatuité et qui ne s’écoute pas écrire, par un esprit libre et enorgueilli d’inspiration qui évite scrupuleusement l’omniscience pour laisser libre court à la douce folie de ses personnages. Bref, ici on ne mouche pas les problèmes existentiels d’une bourgeoisie qui se regarde souffrir, mais les fêlures, les extravagances et les douleurs d’une classe populaire miséricordieuse et virevoltant.

Pascal Garnier, c’est une bouée de bonheur, de mélancolie et de fantaisie à laquelle il est indispensable de se raccrocher…

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