RÉGRESSION, Alejandro Amenábar (2015)

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Il est des réactions à la fin d’une projection qui ne peuvent laisser planer aucun doute quant au sentiment éprouvé : nous nous regardons, levons légèrement les mirettes vers le ciel, tordons la cavité buccale en une bien vilaine moue jusqu’à ce que : « Bon, on va manger ? J’ai faim. » Attitude typiquement française qui, dans un premier temps consiste à ne piper mot, et dans un second temps à abandonner le débat à son estomac… Bref, le Cinéma et moi-même ne faisons pas bon ménage en ce moment ; après la déception et l’ennui irrigués par le nouveau Woody Allen, voici venu le temps de la perplexité et du désenchantement avec le petit dernier d’Amenábar, réalisateur entre autres du sublime et électrisant Les Autres. Étant donné que le cinéaste hispano-chilien m’avait littéralement subjuguée avec ce dernier, quel fâcheux sentiment de déclin aujourd’hui, dépositaire d’un film qui certes se laisse regarder (entre deux micro-siestes) mais ne dégage rien, sinon une sensation de banalité, de lourdeur et de longueur ; car si le fond peut provoquer un certain intérêt chez le spectateur, la forme elle laisse franchement songeur…

Comme un metteur en scène dans la brume, Alejandro Amenábar semble s’égarer dans une réalisation pataude et se noyer dans les abysses d’un scénario plutôt fade, certes inspiré d’événements réels attrayants mais bien maladroitement exploités. Résumons : Régression met en scène une adolescente victime d’abus sexuels. Une lettre qui accuse son père, et un père – qui n’a pas toutes les lumières au plafond – prêt à tout reconnaître et à se laver du péché mais néanmoins (attention suspense) incapable de se souvenir de ses agissements infâmes. L’on fait donc appel à un psychologue afin de pratiquer une hypnose régressive (ai peur…) et ce dans le but de comprendre les tenants et aboutissants d’une histoire étrange, macabre et plus complexe (barbante ?) qu’elle n’y paraît…

Comme pour tout « bon » thriller qui se respecte, nul n’est nécessaire de trop beurrer la tartine. En revanche il nous est possible d’en grignoter les contours. Entre rites et sectes sataniques, entre manipulation et mouvement de l’esprit, Amenábar s’interroge sur les leurres, les faux-semblants, le pouvoir de la psyché et de l’autosuggestion. Voyons-nous réellement ce que nous voyons ou avons-nous assez de maîtrise (ou de faiblesse ?) mentale pour le fantasmer et se créer ce qui ne sont finalement que des mirages ? Un fait a priori irrécusable peut-il toutefois cacher une matérialité hallucinatoire ? Questionnements non dénués de curiosité tandis que la mise en forme de ces interrogations elle se révèle d’un ennui mortel… Lorsque nous sommes plus fasciné-es par notre voisine de fauteuil et son exceptionnelle capacité à s’enfiler son cornet  de pop-corn en moins de temps qu’il ne lui en a fallu pour l’acheter que par le film lui-même, c’est qu’il y a comme qui dirait un morceau de boudin faisandé dans le potage…

À part cela, qu’en est-il des acteurs ? Emma Watson a visiblement passé l’âge de jouer les adolescentes fragiles et demeurées et s’affiche comme ayant bien du mal à trouver sa place au milieu de cette Amérique profonde et sordide, puritaine, fanatique et peuplée de consanguins ; son jeu en pâtit dangereusement et ce rôle ne lui sied guère, tandis qu’Ethan Hawke – dans son costume étriqué de flic très très sérieux qui fronce les sourcils – s’impose à nous comme étant peu crédible, engagé, charismatique, et aussi échoué qu’une charentaise égarée dans l’arrière-train d’un Père Noël.  Il en fait trop ou pas assez, tâtonne, essaye ou s’enlise carrément, c’est selon l’humeur du monsieur et cela devient rapidement désagréable…

Amenábar se perd dans un film à l’allure risible et au dandinement grossier, livrant un long métrage brouillon, peu abouti, dramatisé à l’extrême, poussif et qui, sans être une abomination absolue se révèle bien malhabile et trop peu enthousiasmant…

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