THE REVENANT, Alejandro González Iñárritu, 2016

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Alejandro Iñárritu  – qui fait figure de virtuose et magicien du cinéma contemporain – ouvre cette nouvelle année avec un film d’une beauté et d’une sauvagerie époustouflantes. Après l’élégant et singulier (bien qu’un brin décevant) Birdman, Iñárritu prend aujourd’hui à bras le corps l’adaptation (partielle) du roman de Michael Punke, lui-même inspiré d’une histoire vraie. Celle de Hugh Glass, trappeur-éclaireur au temps de la conquête de l’Ouest attaqué par un grizzly et laissé pour mort par ses compagnons de voyage. Hanté par les spectres de sa femme et de son fils, Glass renaîtra de ses cendres tel un Phœnix sanglant, opiniâtre et merveilleux, passant de l’état de revenant à celui de survivant prêt à tout pour assouvir sa vengeance et user de ses dernières forces afin de remporter une bataille toute personnelle…

Le nouveau long métrage d’Iñárritu se révèle dès les premières images comme un chef-d’œuvre qui laisse sans voix : la photographie projette des paysages d’une magnificence rare, des couleurs glaciales sublimes et éthérées ; la vie des pionniers est ultra réaliste, l’attaque du grizzly abasourdissante et d’un réalisme impressionnant. Tout ici se révèle rapidement d’une perfection et d’une maîtrise incroyables. Néanmoins, c’est justement là qu’interviennent les limites d’un tel spectacle : tout ce qui apparaît à l’œil comme idyllique se révèle aussi le plus souvent sans âme et d’une sécheresse prégnante. Iñárritu livre un scénario quelque peu vide, compensé par une réalisation magistrale qui ne parvient pas à faire oublier que nulle émotion n’est véhiculée en 2h36. Pourtant tous les ingrédients d’une œuvre bouleversante et grandiose sont réunis, jusqu’à la musique – qu’auraient pu composer Nick Cave et Warren Ellis –, mélancolique et aérienne. Sauf qu’il s’agit avant tout ici d’une performance cinématographique et d’acteur tellement brillante techniquement que l’on en oublie la profondeur, le questionnement, l’émotion, la philosophie…

Iñárritu signe un film d’une froideur transcendante, sans aucune fausse note certes mais aussi sans véritable palpitation, à la croisée du prosaïsme typique au documentaire et de la bestialité conforme au film d’aventure et au western. La caméra tournoie et virevolte autour d’acteurs investis et irréprochables, s’appesantit sur des chairs boursouflées et sanguinolentes, gros plans parfois à la limite du soutenable sur des visages meurtris et ravagés, des corps affaiblis et recousus, physiques rompus et rongés par le froid et la combativité, des regards désespérés et belliqueux, une survivance de l’extrême qui ne laisse que trop rarement place à la sensibilité. Leonardo DiCaprio sans cesse confronté à cet objectif impudique et transperçant est littéralement exceptionnel dans l’incarnation d’une souffrance emplie de résilience, personnage presque monstrueux dans ce qu’il a de plus courageux, tas de chair humaine qui rampe vers son destin, mort-vivant affrontant la cruauté des hommes autant que celle des éléments naturels… Tout ici est tellement beau (presque trop), majestueux et irréprochable –  jusque dans la douleur la plus extrême – que cela finit par laisser de marbre un spectateur bien plus fasciné par le faste et la grandeur d’une réalisation qui ne serait pas sans cacher une vacance scénaristique que par une éventuelle méditation introspective. La technique et la prouesse l’emportent allègrement sur la réflexion profonde, dès lors la question se pose : une production impeccable doit-elle donc obligatoirement s’associer à une certaine vacuité ? Vaste débat…

The Revenant reste malgré tout un véritable coup de maître hallucinatoire récompensé à grands coups de statuettes phalliques largement méritées, pour un film magnifique et troublant auquel il est indispensable de se frotter…

À voir aussi :   21 Grammes

                         Amours chiennes

                         Birdman

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