PEAU-EN-POIL, Alain Galan (2016)

9782283029152-9659d

« Peau-en-poil, le travail de rivière…, m’avait-il répété. Noyer la peau puis la tirer à soi comme on le ferait avec une nasse dans l’espoir de retenir, entre les mailles, entre les poils, le souffle insaisissable de la vie ».

Il est des écrivains comme Alain Galan dont la discrétion n’a d’égal que le talent et dont nous aimerions entendre un peu plus parler. Ce dernier, avec Peau-en-poil, présente un huitième roman d’une très grande élégance qui m’aura permis de découvrir une personnalité insaisissable et entourée d’un halo de mystère. Car l’auteur nous immerge dans un ouvrage à son image, singulier, spirituel et subtil, de ces livres qui semblent suspendre le temps et nous permettent l’espace d’une lecture de brouiller les traces de notre propre existence, d’éveiller notre conscience et de plonger dans le silence et le mysticisme d’une nature bienveillante qui veille sur l’Homme et donne à entreprendre une introspection idiosyncrasique…

Peau-en-poil c’est un narrateur (journaliste et écrivain) qui se souvient et marche dans les pas de son ami d’enfance décédé, Lucas, replongeant dans leur passé commun. L’occasion de se remémorer un personnage étrange, taciturne et mutique qui découvrit à l’adolescence la taxidermie et qui depuis cet instant ne cessa de s’interroger sur « ce que devient la vie après la mort ». Lucas arrêta plus tard de naturaliser les animaux pour se consacrer à la peinture, comme pour continuer à figer l’existence et poursuivre une expérience toute personnelle, empaillage pictural toujours saisi de réflexion, coups de pinceau salvateurs pour que le souffle de l’univers ne s’interrompît jamais. Le narrateur part sur les traces de son ami afin de, bien des années après, redécouvrir son règne intérieur, ses questionnements, ses angoisses et parvenir – peut-être – à comprendre enfin un homme indéchiffrable, hors du temps, perdu entre le monde des vivants et celui des morts…

Alain Galan, grand prédicateur de la nature, donne à entendre son livre plus qu’à le lire, comme un pan de macrocosme que l’on écoute avec passion, que l’on ressent plus qu’on ne le comprend vraiment et qui demeurera quoi qu’il advienne beau et impénétrable. Au détour de descriptions pointues des errances de son protagoniste qui se balade autant dans les songes de son ami décédé que dans ses propres interrogations, Galan offre un écrit empreint d’onirisme, mystique, existentialiste et sensoriel porté par une écriture d’une grande finesse et une réflexion philosophique aux doux effluves poétiques. Un roman comme une bulle de méditation, de douceur et de rêverie qui plonge son lecteur dans un état de félicité et de lévitation, instant figé de totale harmonie avec les éléments qui nous entourent. Entre intériorisation et apprivoisement du monde extérieur, l’auteur dévoile un texte dense, pudique et empli d’humilité qui imbibe l’esprit de sérénité, tend à réfléchir sur l’univers qui cogne à notre porte lesté de son lot d’énigmes, cet univers que nous ne prenons plus le temps d’observer et d’écouter…

« Me conseillerait-il aujourd’hui d’apprendre, auprès des bêtes empaillées, l’art du silence afin de réveiller en moi les sens qui, s’étant atrophiés, ne me permettent plus d’entendre ce qui ne fait pas plus de bruit, lorsque le jour se lève, que les paupières de l’oiseau de nuit qui se referment ? »

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