MONT BLANC, Fabio Viscogliosi (2011)

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Lorsque j’ai eu tourné la dernière page de cet écrit, la première réflexion venue chatouiller mon esprit fut qu’il valait mieux un livre court et enchanté plutôt qu’un gros ouvrage pompeux et qui s’écoute palabrer. Car, disons-le sans détour, ce petit mais majestueux Mont Blanc de l’auteur lyonnais Fabio Viscogliosi m’a littéralement bouleversée. Serais-je même capable d’expliquer pourquoi rien n’est moins sûr car cette première rencontre, comme une fugace caresse sur la joue ou un mot vaguement susurré à l’oreille, s’est faite sensitive et impalpable, m’abandonnant emplie d’allégresse, la citrouille toute à mes rêveries et auréolée d’une douce mélancolie…

Mont Blanc c’est moins de deux cents pages et très exactement quarante-neuf chapitres. Mont Blanc c’est le récit d’un drame, celui de l’incendie du tunnel du mont Blanc le 24 mars 1999 qui fit trente-neuf victimes, parmi lesquelles les parents de Fabio Viscogliosi, point de départ d’une œuvre singulière, bohème, et point culminant d’une petite merveille littéraire. Ici, l’on entrelace ses pensées, ses réflexions et ses fulgurances afin de mettre en perspective une douleur personnelle au travers de vagabondages, rencontres et autres reviviscences. Des chapitres en apparence qui semblent ne pas être reliés et qui, pourtant, posent sans cesse les jalons d’une continuité, passerelles entre les stigmates de l’auteur et une existence qu’il se doit malgré tout de poursuivre, comme si l’exquise redondance de la comptine pour enfant Trois petits chats s’ingérait malicieusement dans la plume de l’écrivain. La pluie, la neige, la perte, la mélancolie sont autant de mots qui closent judicieusement un chapitre pour en ouvrir adroitement un autre, segments en enfilade rappelant la tragédie vécue et la désespérance ressentie, le tout sans pathos ni épanchement envahissant mais avec un recul, une sensibilité, une élégance et une pudeur incroyables. Quarante-neuf chapitres comme quarante-neuf pastilles de toutes les couleurs jetées sur une toile pour créer un immense kaléidoscope de vie, quarante-neuf instants « polaroïdiques » éphémères et aphoristiques définitivement ancrés dans l’esprit et le cœur du lecteur. L’écriture est sublime, d’une grâce et d’une poésie immenses et les références nombreuses ; Viscogliosi invoque l’esprit de Kerouac, Borges, Rohmer mais aussi Cary Grant, évoque le réalisateur Wim Wenders, le groupe allemand Kraftwerk ou le cycliste Marco Pantani, tissant ainsi de belles et singulières ramifications entre ses souvenirs, ses questionnements et le monde qui l’entoure. Peut-être parce que la douleur aujourd’hui s’est quelque peu apaisée, peut-être parce que Viscogliosi m’est apparu comme un doux rêveur érudit, peut-être parce que la mort se maquille ici de préciosité et s’acoquine avec un onirisme réconfortant, mais ce livre n’est en aucun cas un carnet de deuil, encore moins le divan de la confession d’un être introverti, mais un ouvrage totalement ouvert sur l’Autre, celui qui lit et ressent au travers des observations de l’auteur les palpitations de l’univers…

… Et, lorsque la mort viendra cogner à ma porte, je me ressaisirai de cette pépite littéraire et m’en irai noyer mon chagrin et mon désarroi dans ses mots, car plus qu’un livre c’est un écrit solaire, revigorant et cathartique nourri de douceur et de sagacité…

MONT BLANC :

Éditions Stock

Collection « La Forêt »

Parution : 14/09/2011

176 pages

EAN : 9782234071049

 

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