LA LOI DE LA JUNGLE, Antonin Peretjatko (2016)

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Ne serait-ce que pour avoir réussi à réunir dans un même long-métrage trois acteurs-trices que j’affectionne particulièrement – Vincent Macaigne, Vimala Pons et Mathieu Amalric – j’immerge dans du whisky bénit (et de contrebande) le réalisateur Antonin Peretjatko. Car, si Vincent Macaigne se montre toujours aussi irrésistible avec ses airs de Pierrot la Lune décalé et gauche, Vimala Pons elle revêt une fois de plus la combinaison de l’enchantement, véritable rayon de soleil qui discrètement mais sûrement impose au septième art son jeu fripon, une frimousse à faire fondre un iceberg et un regard pétillant et coquin qui suffirait à anéantir la pire des brutes. Après La Fille du 14 juillet, Peretjatko revient donc avec ce tandem ensorcelant et ce cinéma singulier qui puise ses influences dans les plus piquantes comédies des années soixante-dix, offrant un film d’aventure loufoque et euphorisant tout en faisant la part belle à une critique acerbe des institutions françaises et son système bureaucratique moutonnier et figé, engeance « idiocratique » particulièrement risible et passablement insupportable…

Marc Châtaigne (Vincent Macaigne), stagiaire au Ministère de la Norme, est envoyé en Guyane pour inspecter un projet de pistes de ski (« Guyaneige ») financé par l’Union européenne, afin de relancer le tourisme en Guyane. Un programme qui doit bientôt voir le jour mais qui ne pourra sortir de terre qu’après validation de notre pauvre stagiaire, condamné à enchaîner les missions dans le but désespéré d’être un jour titularisé. Le voilà déboulant en Guyane, petit homme rondouillard, « blanchounet » et transpirant en proie à la chaleur, l’humidité et une jungle hostile où, avec sa comparse « Tarzan » (Vimala Pons), ils vivront de rocambolesques et trépidantes aventures, entourés de personnages tous plus déglingués les uns que les autres…

La Loi de la jungle fait figure de film-ovni aux relents « cartoonesques » où les bruitages exagérés et une musique bondissante et « morriconienne » créent un sentiment de mélange des genres particulièrement savoureux :  de telle façon que Peretjatko semble être tombé dans une marmite fleurant bon le western spaghetti (Mon nom est personne), les productions « Belmondoniennes » (L’Homme de Rio, Le Magnifique…) ou de la troupe du Splendid, conjugués à un cinéma plus actuel et engagé qui met le doigt là où le ridicule fait mal, révélant toute l’absurdité d’un système français et européen ploutocrate et abusif. Le réalisateur présente un cinéma populaire, intelligent, poétique et rythmé où tout est chorégraphié et théâtralisé, les scènes s’enchaînant avec fluidité, pour une mise en images bien plus millimétrée qu’elle n’y paraît ; La Loi de la jungle, œuvre malicieuse où le détail humoristique s’insinue de partout, où il faut avoir l’œil vif pour dénicher le petit truc en plus qui redoublera des rires déjà largement conséquents.

Vimala Pons, amazone sobrement surnommée « Tarzan », jolie liane aux airs de Calamity Jane, la tige au bec, placide mais castagneuse, flanquée de son Vincent Macaigne maladroit, coincé et toujours affublé de cet air d’être tombé de nulle part, comme perdu dans un monde pas tout à fait construit à son image, donnent la réplique à un Mathieu Amalric impeccable et lumineusement retors, Jean-Luc Bideau (éternel Achille Pinglard dans l’un des plus exceptionnels nanars français, Le Bonheur a encore frappé) et Pascal Légitimus qui (enfin !) retrouve le chemin de la comédie chaloupée et délirante. L’ensemble des personnages est fascinant de démence et de décalage, dont un huissier complètement siphonné (Fred Tousch), adepte de l’émission de France Inter « Le masque et la plume », et qui n’hésite pas à distiller de la réplique culte, comme un clin d’œil au légendaire Le Bon, la brute et le truand :

« Dans la vie il y a deux types d’hommes : ceux qui gouvernent et ceux qui dirigent…

– Et alors ?

– Toi, tu gouvernes. »

Vimala Pons et Vincent Macaigne s’apparentent à une équipée pas tout à fait sauvage et peu dégourdie qui n’est pas s’en rappeler d’autres tandems mythiques du cinéma français – Pierre Richard-Gérard Depardieu ou Lino Ventura-Jacques Brel – et signent un film aux gags hilarants, aux dialogues incisifs, au scénario original, le tout porté par des acteurs-trices décadents et survolté-e-s…

En voyant ce film l’on se dit que l’espoir n’est pas une vaine utopie… la comédie française n’est (finalement) pas morte.

 

 

 

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