JE ME TUE À LE DIRE, Xavier Seron (2016)

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Un film franco-belge qui a priori pourrait rappeler (sur la forme) C’est arrivé près de chez vous et J’ai toujours rêvé d’être un gangster avec une légère pointe de La Haine, ne pouvait être qu’un long-métrage réussi, irrévérencieux, puissant et nerveux comme je les aime. Mis à part que, finalement, la petite portion de pellicule ne se révèle pas ouvertement coléreuse et spasmodique. « Radicalement névrosée » et « complètement barrée » colleraient bien mieux à cette œuvre d’un comique mélancolique et dépressif jubilatoire, comme si Woody Allen et Jean-Luc Godard fricotaient avec Bertrand Blier et Quentin Dupieux. Xavier Seron, réalisateur de cet ovni ubuesque à l’élégance hypocondriaque, nous offre un moment de cinéma drôle et décalé mais aussi un brin anxiogène et qui peine, malheureusement, dans les derniers instants, à grandir et affermir un épilogue digne de ce nom et surtout digne de lui-même…

Il s’appelle Michel Peneud. Pas Pneu mais Peneud. Cela commence mal… Michel, la trentaine adolescente et contemplative, vendeur en électroménager, se voit plus comédien que conseiller spécialiste du sèche-linge, grand gaillard lunaire et affable qui promène sa jolie tête d’ahuri et passe un temps certain à rêvasser et se caricaturer en héros de film. Mais surtout, Michel va mourir. Comme tout le monde. L’on pourrait donc passer outre ce détail si la mère de Michel elle n’allait pas réellement passer l’arme à gauche, rongée par un cancer. La nouvelle est terrible, le verdict terrassant, alors ces deux-là se collent, se (sur)protègent, se contemplent, s’agacent et se noient dans leur vie semi-dépressive où la mort et l’amour ne font plus qu’un…

Que dire d’un film aussi subtilement hallucinogène ? Bien sûr la réalisation est impeccable, le noir et blanc fin et lumineux, tout est stylisé, chiadé, Xavier Seron appréciant grandement les scènes au ralenti autant que celles où il ne se passe pas grand-chose, comme pour mieux donner à voir un ennui, une placidité, une lenteur et une résignation reflétant l’image d’une existence morne et subie. Jean-Jacques Rausin et Myriam Boyer forment un tandem succulent, drôle, tendre et étrange, excellant chacun dans leur genre dans ce duo mère-fils à la fois attachant et malsain. Les dialogues eux, laconiques et timides, n’ont nul besoin d’ornements superfétatoires puisque très bons avec le peu que l’on nous donne, chaque mot et chaque phrase relevant du pur humour belge, empli d’esprit et de cynisme.

Tout pourrait donc aller pour le mieux dans le meilleur des mondes si, au bout d’un certain temps, l’on parvenait encore à suivre l’idée générale et à s’y retrouver un tant soit peu dans cette œuvre obsédée par la mort, la maladie, les relations filiales, les chats, le sein maternel et les gros plans répulsifs. Le film est sans nul doute réussi mais s’égare dans l’antre d’un imbroglio narratif qui s’enroule sur lui-même, piétine un tantinet et macère un peu trop dans sa douce folie… parce que trop de « barré » tue le « barré » et finit par étrangler le propos. La conclusion patauge légèrement dans le grandiloquent et un absurde trop prégnant, mais l’on pardonne allègrement à Xavier Seron qui fait dans la déconstruction existentielle et le drame surréaliste et offre, malgré cette fausse note toute relative, une production de qualité à l’humour noir délectable magnifié par des acteurs-trices investi-e-s et irrésistibles. Si Je me tue à le dire était une musique, ce serait un croisement entre la verve hyperactive des Baddies et la beauté affligée d’Antony and the Johnsons…

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