IRRÉPROCHABLE, Sébastien Marnier (2016)

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Ne faisons pas de détours inutiles ou de voltiges incantatoires oiseuses : le premier film de Sébastien Marnier se révèle être du grand art, s’affichant comme un très bon moment de cinéma, alchimie moderne du thriller onduleux et pernicieux dont les ingrédients de base ne changent pas mais sont sublimés par un joli bouquet de machiavélisme, de tension et d’humour noir particulièrement bien mis en scène. Si, à première vue, Irréprochable renvoie clairement à l’excellent Le Couperet de Costa-Gavras, il n’en reste pas moins que chez Marnier il y a une différence notable, cette petite pointe de « fun » en plus, comme si la folie se faisait friponne et le mal espiègle. Ajoutons une détresse psychologique colorée à la fois glaçante et (presque) amusante, une intrigue prenante portée par un sens inné du rebondissement et un personnage de femme incontrôlable magnifiquement interprété par Marina Foïs – plus vénéneuse et bancale que jamais –, et l’on obtient un arc-en-ciel de perversion particulièrement savoureux…

Constance (Marina Foïs) réapparaît dans sa ville natale après des années passées sur Paris. Officiellement, elle vient s’occuper de sa mère, officieusement, Constance n’a plus de travail et espère récupérer sa place dans l’agence immobilière où elle travaillait jadis. Seulement voilà, ce retour inopiné ne semble pas enchanter grand monde et le poste sera, contre toute attente, attribué à une femme plus jeune, compétente et volontaire (Joséphine Japy) tandis que Constance elle, dans l’ombre, ruminera cet affront insupportable, s’enfoncera dans le mensonge, la jalousie et le désarroi et se laissera gagner par une colère aussi sourde et contenue que dangereuse et mortifère…

Disons-le clairement, le long-métrage de Sébastien Marnier relève quasiment du sans-faute. La réalisation se fait vive, stimulante, précise, sans temps morts et enchaîne des séquences entre ombre et lumière, pour mieux entrevoir une atmosphère faussement amicale et sublimer une Marina Foïs spectrale, toujours affublée de ce regard étrange, mélancolique, inquiétant, qu’elle fasse rire ou qu’elle glace les sangs, œillades à la fois malicieuses, torves et froides qui la révèlent littéralement dans ce rôle de manipulatrice narcissique et dérangée. Juste, précise, farouchement et faussement sympathique, la comédienne se glisse sans difficulté dans la peau d’un personnage qui, pour ne pas échapper à sa nouvelle vie s’en invente une ancienne, et se fond dans le prototype de la parisienne branchée, vantarde et fanfaronne s’enlisant dans le boniment et la sournoiserie pour briser la solitude et le mal-être. Si cette œuvre délicieusement nerveuse tient essentiellement au jeu de Marina Foïs, notons qu’il est largement appuyé et embelli par des partenaires de choix : Benjamin Biolay, pervers et mystérieux à souhait, ainsi que Jérémie Elkaïm sublime de magnanimité et d’humanité. Seul bémol (et j’en suis navrée), Joséphine Japy : si l’on sent une certaine implication et si elle tente de donner beaucoup, le spectateur lui ne reçoit rien, rien d’autre qu’une jeune femme certes lumineuse et mutine, mais qui semble tout aussi déstabilisée et maladroite qu’égarée et sans profondeur, avec un manque de charisme et de crédibilité flagrant, comme si elle était passée à côté d’un rôle un peu trop complexe et tout en nuances. Tâtonnante et affaiblie par des comédien-ne-s fabuleux-se-s, elle se laisse malheureusement sombrer dans le tourbillon d’un casting qui, pour le reste, se fait irréprochable…

Les souvenirs, la discorde interne, le vice, la manipulation, le harcèlement, il y a chez Marnier du Chabrol et du Corneau revisités, du Park-Chan Wook, du Cronenberg ou du Tavernier, le tout arrosé d’une musique électro entêtante, lancinante et d’une grande beauté qui tient une place prépondérante et millimétrée en ponctuant parfaitement le climat tendu et capricieux de ce film d’où s’échappe une narration gracieusement sombre et fraîchement palpitante.

Une bien jolie réussite…

 

 

 

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