TONI ERDMANN, Maren Ade (2016)

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Si ma mémoire n’en est pas encore à flancher misérablement, il me semble n’avoir pas quitté une salle de cinéma avant la fin d’un film plus de deux fois dans ma modeste « carrière » de spectatrice (presque) respectueuse et (approximativement) disciplinée. En règle générale, je suis toujours parvenue à contenir mon agacement face à des œuvres indigestes, celles-ci – grand bien leur fasse – n’excédant que très rarement 1 h 30 – 1 h 40, pile le temps de me gratter le dessous des ongles, de reluquer discrètement mon voisin d’à côté, de réfléchir à une nouvelle recette révolutionnaire de gratin de courge sans courge, et de faire un point sur la période de nidification de la chouette hulotte. Bref, je me cramponnais au siège et attendais patiemment que le mauvais moment passe, lancée dans un troublant papotage avec des amis imaginaires sortis d’on ne sait où…

Sauf qu’ici la débandade dure… 2 h 42. Un cauchemar. J’ai tenu très précisément – et en gigotant dans tous les sens pour vérifier si mes camarades de visionnage vivaient le même drame que moi, en vain – 2 h 04, avant de craquer littéralement et de sortir furibarde le sourcil froncé, l’œil mauvais et la bouclette électrique, dérangeant les autres spectateurs-trices au passage puisque j’ai eu la brillante idée de confondre, dans un premier temps l’accueil PMR et dans un second temps les toilettes, avec la sortie (on est un fardeau pour son entourage ou on ne l’est pas). Parvenue tant bien que mal sur le trottoir, il ne m’a dès lors fallu pas moins de quinze cigarettes et l’intégralité de ma flasque de whisky afin d’oublier purement et simplement ce long-métrage obsolète, sans nuances, ringard, vaseux, pathétique, grandiloquent, caricatural, lent, interminable, bourré de clichés, faussement intelligent, outrancier et en forme d’imposture d’une vacuité sans nom. L’on essaye ici de combler un scénario vide par des gags éculés et un comique de répétition périmé (la blague du dentier toutes les cinq minutes conjuguée à l’antédiluvien coussin péteur et la moumoute de travers, c’est le pompon !), et l’on tente de stopper l’hémorragie d’un propos creux au travers d’une réalisation d’une lourdeur sans précédent, ce qui n’est malheureusement pas l’idée la plus lumineuse de l’année…

Terriblement déçue et rondement fâchée, je vais me contenter – une fois n’est pas coutume – de retranscrire ici les très rares (et donc fort précieuses) mauvaises critiques émanant de la presse (Télérama et La Septième Obsession) qui résument parfaitement bien ce que m’évoque cette production. Je ne saurais dire mieux et je pourrais devenir extrêmement désobligeante, alors autant laisser s’exprimer les professionnels. Quant à moi, je m’en vais pester dans mon coin, (presque) seule contre tous…

« Passons sur la description du monde de la finance internationale, censée pervertir et assécher l’héroïne : elle est d’une banalité confondante. A-t-on jamais vu patrons aussi ternes, employés aussi bêtes, réunions aussi foireuses… Visiblement, Maren Ade ne connaît rien à ce qu’elle décrit et que d’autres, récemment, ont si bien dénoncé (de J.C. Chandor et Margin Call, pour la fiction, à Jean-Stéphane Bron et Cleveland contre Wall Street, pour le documentaire). Mais, dira-t-on, l’essentiel n’est pas là : le vrai sujet est l’histoire d’un père qui use d’extravagance pour réapprendre à sa fille, avide de réussite, les vraies valeurs de l’existence. Mais, là encore, la réalisatrice se plante. Aucune finesse, aucun rythme : catastrophe totale si l’on songe au brio étincelant d’un Ernst Lubitsch ou d’un Frank Capra, qui, jadis, en moins de quatre-vingt-dix minutes, provoquaient une euphorie que la réalisatrice allemande poursuit en vain durant deux heures quarante-deux… Tout est balourd dans son interminable pensum. La mise en scène (enfin, c’est vite dit : il n’y en a pas). Les acteurs : la fille n’en fait pas assez et le père, beaucoup trop. Les gags : c’est tout de même — qui l’eût cru — la réhabilitation du bon vieux coussin péteur qui faisait se tordre de rire nos grands-­parents. Le pire, c’est quand la vulgarité l’emporte : la scène où l’héroïne avale le cupcake sur lequel vient d’éjaculer son ridicule amant. Tout est ringard et navrant. »

 Pierre Murat (Le « Contre » de Télérama).

http://www.telerama.fr/cinema/films/toni-erdmann,509268.php

 

« On attendait avec impatience le retour de la jeune cinéaste allemande, également productrice via sa société Komplizen Films, après le choc émotionnel provoqué par Everyone Else en 2009. Le ratage sans précédent de Toni Erdmann laisse pantois. Comment la cinéaste a-t-elle pu se fourvoyer dans cette fresque braillarde, capharnaüm cinématographique, narrant le trajet de vie d’une jeune femme d’affaire d’une grande société allemande basée à Bucarest, accumulant les scènes, en jouant la carte de la vulgarité et de la surenchère (à l’instar de cette séquence où l’héroïne demande à son amant d’éjaculer dans un petit four, avant de le déguster) ? Moralisateur et sérieusement pas drôle, le film souffre d’un manque de rigueur évident. Tout ce qui faisait la beauté exaltée et rafraîchissante de son précédent long-métrage, se retrouve ici cloisonnée dans une fiction autiste et autosuffisante. C’est notre premier grand regret de ce début de festival. » 

Thomas Aïdan (Compte-rendu Jour 3 du festival de Cannes/La Septième Obsession).

http://www.laseptiemeobsession.com/festival-de-cannes-jour-3.html

À (ré)écouter également : « Le masque et la plume » du 21 août avec Xavier Leherpeur de La Septième Obsession. Un régal…

https://www.franceinter.fr/emissions/le-masque-et-la-plume/le-masque-et-la-plume-21-aout-2016

 

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