MR. OVE, Hannes Holm (2016)

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Critiquer durement et sans scrupule un film dont les intentions sont mauvaises ne pose en aucun cas un quelconque problème de conscience. Dire du mal d’un long-métrage que l’on n’a pas aimé mais qui a voulu (a priori) bien faire s’avère plus difficile. Aura-t-on, malgré tout, jamais vu affiche plus mensongère que celle de Mr. Ove ? Un fond bleu ciel qui laisse présager une œuvre électrique et guillerette, le corps sans tête d’un monsieur prêt à se passer la corde au cou, un joli miron au regard fourbe et dont on botterait avec plaisir l’arrière-train, une typographie sixties élégante et cette accroche « misanthropiquement » philanthrope des plus laconique : « Il vous déteste. Vous allez l’adorer ». Sauf que cette bannière alléchante et fleurant bon le « vieux, moche et méchant » ne s’accorde en rien avec une réalité beaucoup plus consensuelle, lissée aux bons sentiments et inlassablement pathos. Mr. Ove, espèce de réminiscence ratée et désuète de Gran Torino, dégouline de mièvrerie et peine à s’imposer, affaibli par une démonstration cinématographique désespérément plate, à la fois rigide et froide autant que doucereuse et moralisatrice…

Mr. Ove, vieux bonhomme aigri, bougon et désagréable, passe le plus clair de son temps à épier les faits et gestes du reste de la copropriété et à noter dans son carnet les manquements et autres mauvais comportements de ses voisins. Mr. Ove peste, Mr. Ove râle et Mr. Ove déteste la terre entière sous prétexte que sa femme est morte et qu’il vient d’être licencié (cela fait tout de même deux bonnes raisons). Lassé et malheureux, Ove décide d’en finir (en soi l’idée est bonne), funeste projet bientôt mis à mal par l’arrivée d’une nouvelle famille guidée par Parvaneh, jeune femme pétillante d’origine iranienne qui trouve toujours le moyen de débarquer au moment où Ove tente de mettre fin à ses jours, l’empêchant malgré elle de passer de l’autre côté de la barrière et le forçant à revenir dans un monde qu’il réapprendra (comme de bien entendu) à aimer…

Le postulat de départ, certes vu et revu, semblait tout de même prometteur. Mais de prometteur à indigeste il n’y a qu’un pas, et ce pas-là s’enfonce rapidement dans les sables mouvants d’un film cousu de fil blanc, la fin déjà tatouée sur la rétine telle l’évidence à peine celui-ci a-t-il commencé. Passablement long et ennuyeux, Mr. Ove s’étire sur près de deux heures sans parvenir pour autant à créer une atmosphère délicieusement grinçante et délirante et à développer une narration autrement plus subtile que cette ambiance pantouflarde de maison de retraite. Pas assez drôle et irrévérencieux pour déclencher plus qu’un demi-sourire timide et forcé, et beaucoup trop rongé par un sentimentalisme presque gênant pour y déceler les pointes dramatiques bien inspirées, Mr. Ove se perd et s’égare dans une réalisation lourde et un scénario d’une propreté étincelante qui en oublie son côté punk. L’on réhabilite ici le bon vieux flashback-qui-fait-pleurer-dans-les-chaumières (parbleu ! Que c’est horripilant !), l’on tente de faire du cinglant avec un comique mou et décrépit, l’on ajoute des partitions entières de musique tire-larmes… bref, le problème de ce Mr. Ove c’est que l’on a très maladroitement mélangé les genres et que l’on a voulu grignoter à tous les râteliers, tentant ainsi de satisfaire le plus grand nombre, de la teigne adepte de la perfidie au ravi de la crèche ultra-positif, deux catégories de personnes qui font rarement bon ménage. Bien que l’on puisse noter quelques rares fulgurances humoristiques et bien que les acteurs-trices y mettent tout leur cœur, il n’en reste pas moins que le spectateur lui s’ennuie terriblement et s’étouffe de trop de miel tout en s’asséchant de pas assez de fiel. L’on aurait aimé un film plus enlevé, piquant, dynamique, un film adorablement mesquin qui pouvait allègrement (s’il le souhaitait vraiment) se vautrer dans la tendresse sans pour autant signer son arrêt de mort en s’enterrant sous des pelletés de bien-pensance et de politiquement correct.

Le constat est amer et le résultat très décevant. C’est fort dommage car l’on sent derrière cette fausse manœuvre un véritable investissement et une envie sincère de livrer un long-métrage honnête et bienveillant, en sus d’un charmant clin d’œil à Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov. Malheureusement la sauce ne prend pas, et la corde qui ne servira définitivement jamais à Mr. Ove sera contre toute attente la bienvenue du côté des spectateurs…

 

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