L’ANTICYCLOPÉDIE DU CINÉMA, Emmanuel Vincenot & Emmanuel Prelle, illustrations Charles Berberian (parution : 6 octobre 2016)

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Une couverture qui annonce une rencontre improbable et hasardeuse entre un Terminator  de seconde zone et une Brigitte Bardot du « Mépris du futur » ne pouvait laisser présager qu’un contenu déjanté et conceptuel. Cela fleurait bon le cinéma vu d’ailleurs, un cinéma corrigé à la sauce « galaxie lointaine », comme si des extraterrestres sous acide avaient communié avec les esprits de Jean Yanne ou Desproges pour mieux se pencher sur l’histoire de la bobine grise. Et, en effet, cette petite et non moins haute en couleurs « anticyclopédie » porte bien son nom, car ici la connaissance ne se fait nullement méthodique et encore moins structurée, mais se faufile au milieu d’un gigantesque feu d’artifice d’informations subtilement erronées ou expressément corrigées. Un ouvrage parsemé des illustrations de Charles Berberian (dessinateur et scénariste de bande dessinée) qui mérite une attention extrême et plusieurs lectures : la première à toute vitesse, attiré par les senteurs épicées du livre-ovni ; la deuxième pour savourer au plus près un second degré chatoyant et enlevé ; la troisième pour se gargariser de toute une kyrielle d’aphorismes et autres énoncés ou résumés douteux qui, tout en déshabillant les rouages printaniers du cinéma, n’en oublient pas pour autant de le rhabiller pour l’hiver…

Vincenot et Prelle, dans un délire artistique des plus mystique et greffés d’une plume trempée dans l’encre du burlesque, réécrivent les synopsis, détricotent les carrières des acteurs, revisitent les films célèbres, réinventent les réalisateurs, etc. Vingt-deux chapitres en tout afin de dresser une liste (non exhaustive bien évidemment) du petit peuple du septième art, comme un florilège d’histoires surréalistes où le cinéphile aguerri saura différencier le vrai du faux. Quoi que… Dans le mystère feutré des coulisses du cinéma, sait-on réellement où se situe la frontière entre réel et fantasmé ? Et si le lion « Leo » se prénommait en réalité Edgar et avait été capturé au Zimbabwe avant de devenir la vedette des génériques de la MGM ? Et si Batman était en filigrane un super-héros baudelairien « vêtu d’une combinaison de spleen noir » ? Et si Pathé, en 1966, avait réellement cherché à lancer la mode du « western cassoulet » pour faire écho au succès du « western spaghetti » ? Oui, finalement, pourquoi pas ? Les deux auteurs livrent une succession d’affirmations ou de définitions loufoques auxquelles l’on adhère sans mal – parce que c’est drôle et inspiré, dévoilant une culture cinématographique hétéroclite associée à une imagination débordante. Le grand écran demeure l’art de la fiction, de l’illusion et des légendes, alors quand les questions étranges fusent, rien n’est plus satisfaisant que deux énergumènes survoltés y répondent avec beaucoup d’humour, un esprit délicatement tordu et un maniement subtil de la langue.

L’Anticyclopédie du cinéma c’est un peu La Classe américaine : Le Grand détournement version papier, comme un recyclage goupillé par deux savants fous de tout ce qui se fait de meilleur ou de pire dans l’univers cinématographique. Petite déception cependant : si le livre dévoile toute une série d’interrogations aussi farfelues que les réponses sont réjouissantes, il aurait été un brin plus jouissif qu’il se montre plus féroce et surtout plus étoffé… Je ne doute pas qu’un jour paraissent les tomes II, III, IV, V etc., alors attendons patiemment la suite.

L’Anticyclopédie du cinéma ne se raconte pas, elle se lit, parce que c’est foisonnant, facétieux, ludique et en trompe-l’œil, petit aperçu…

Dans le chapitre « Acteurs et comédiens » :

« VENTURA, Lino : Acteur français (1919-1987), ancien champion de lutte gréco-romaine qu’il ne fallait pas trop chercher. Un jour, un ami de Lino Ventura meurt. Sans desserrer les dents, Lino prend l’autoroute de l’Enfer à bord de sa DS et stoppe son véhicule devant la maison de la Mort. La Mort aperçoit à travers le judas le regard de l’acteur, lourd de menaces. L’ami ressuscite. Pudique, l’acteur s’est toujours refusé à évoquer cette touchante anecdote. »

Dans le chapitre « Les films » :

« CLASSIQUE (film) : Un “classique” est un film qu’il sera toujours temps de voir, et que, par conséquent, personne n’a jamais vu […]. »

Dans le chapitre « Le saviez-vous ? » :

« ÉTRANGER : Dans un western, on appelle “étranger” toute personne qui n’a rien à faire ici. Exemple : “Toi, l’étranger, tu n’as rien à faire ici” (Richard Widmark dans Du goudron et des plumes pour Alfredo Garcia, 1958). »

Dans le chapitre « Les films célèbres de l’histoire du cinéma » :

« WEST SIDE STORY (Robert Wise & Jerome Robbins, 1961) : La municipalité de New York organise une rixe interraciale. Tony, un Américain, blesse mortellement un Portoricain. Emprisonné, on l’autorise à passer un coup de fil : il se fait livrer une pizza, puis est condamné à la chaise électrique. Tony espère un geste magnanime du gouverneur. Ce dernier consent à faire sauter tous ses PV. »

L’Anticyclopédie du cinéma

Parution : 6 octobre 2016

144 pages

Nouvelles Éditions Wombat

Collection « Les Insensés »

ISBN : 978-2-3749-8047-8

http://www.nouvelles-editions-wombat.fr/livre-I29.html

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