L’HOMME QUI RÊVAIT D’ENTERRER SON PASSÉ, Neil Cross (2009)

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Tous les goûts et toutes les couleurs étant dans la nature, L’homme qui rêvait d’enterrer son passé se figure comme la preuve littéraire que ce qui peut paraître remarquable aux yeux des uns ne le sera pas forcément aux yeux des autres… Sur les conseils d’une très gentille libraire (à qui je présente d’avance toutes mes excuses pour cette chronique funestement assassine), je me suis laissé tenter par ce thriller qui me semblait être de très bon augure en ce milieu d’été, souhaitant compulsivement assouvir une terrible envie de frissons. Très mauvaise pioche puisque la déception fut – largement – à la hauteur de l’enthousiasme de la personne qui me le conseilla, le septième ouvrage de l’auteur britannique m’ayant abandonnée la moue boudeuse et incrédule, l’œil aussi vide que les hémisphères cérébraux de Frigide Barjot et imprégnée d’une perplexité et d’un désarroi éminemment troublants. Ne tournons pas autour du mot, selon l’expression consacrée : « Je n’aime pas dire du mal mais tout de même, c’est mauvais… »

Une fois n’est pas coutume, faisons concis : Bob et Nathan se rencontrent alors qu’ils ne sont que de jeunes adultes un brin étranges et désorientés ; ils se retrouvent quelques années plus tard, par hasard, au détour d’une soirée qui va – et c’est un euphémisme – virer au drame. Bigrement éméchés et le nez touffu de cocaïne, ils  convient lors de cette fête la jolie Elise à un petit tour en voiture passablement malsain… Bref, Elise meurt dans des circonstances indéterminées, les deux ahuris enterrent le corps (enfouissant au passage ce pondéreux et encombrant  secret) et décident de ne plus jamais se revoir. Sauf que – faute de quoi cet imbroglio peu alléchant ne s’avouerait pas très fendard – quinze ans plus tard, tandis que Nathan s’est tant bien que mal et avec les fantômes du passé construit une vie agréable, Bob lui, reste toujours aussi perché qu’un rhododendron au sommet de l’Everest et, éternellement dépressif et obsédé par des histoires de revenants abjectes, il réapparaît de manière inattendue dans la vie de son complice d’une nuit. Évidemment les ennuis commencent pour eux… et pour celui qui tient entre ses mains cet écrit extrêmement discutable.

J’ai longuement et intensément réfléchi afin de trouver des qualités à ce livre. Puis, j’ai cessé de tourmenter mes fragiles méninges car j’aurais pu y passer une vie entière… Outre l’écriture maladroite, grossière et peu maîtrisée, l’histoire elle-même laisse franchement circonspect. Nous voici pris en otage par une intrigue peu crédible, sans âme et sans substance, sans surprise ni rebondissements délectables, un enchaînement de dialogues d’une fadeur désarmante, des personnages dénués de relief, stupides et aussi peu amicaux qu’une hyène qui n’a pas mangé depuis trois jours. La lecture se fait expéditive – je rappelle que l’œuvre est capitonnée de dialogues courts servant visiblement à pallier le manque d’imagination de l’auteur – et pourtant le temps paraît long, fichtrement long, le lecteur attendant vainement qu’un retournement de situation éclairé et judicieux jaillisse d’entre les pages. Malheureusement rien n’arrive jamais, l’ensemble se faisant traînant, peu inspiré, malhabile et d’une effrayante vacuité. Un livre pétri de fausses notes et de situations ubuesques qui, en plus de nous ennuyer, dégaine en filigrane une pesante et indigeste morale toute judéo-chrétienne, qui rappelle que l’alcool et la drogue « c’est très très mal et que ça peut faire faire des choses très très vilaines»…

Avec le nombre conséquent de polars et autres thrillers de qualité qui vivent dans nos bibliothèques et librairies, il me paraît donc plus prudent de passer son chemin quant à cette œuvre sans grand intérêt, même si j’entends bien que « la critique est aisée mais l’art est difficile »… une réalité certes mais non une excuse, car tout de même : « Faudrait pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages » !

 

 

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